Bienvenue à l'école des hérissons

Classification et répartition géographique

Le nom scientifique du Hérisson d’Europe est Erinaceus europaeus.

C’est un mammifère placentaire, de l’ordre des insectivores, du sous-ordre des Erinaceomorphes (Hérissons et Gymnures). Il fait partie de la famille des Erinaceides, et de la sous-famille des Erinaceines.

Cette dernière comporte cinq genres (tous limités à l’Ancien Monde) :

  • genre Erinaceus (Linnaeus, 1758) : Hérissons des régions boisées. Compte quatre espèces réparties sur toute l’Europe et l’Asie,
  • genre Atelerix (Pomel, 1848) : Hérissons d’Afrique. Comporte quatre espèces réparties sur le continent africain,
  • genre Hemiechinus (Fitzinger, 1866) : Hérissons oreillards (Hérisson à grandes oreilles). Comprend deux espèces présentes en Europe orientale et en Inde,
  • genre Masechinus (Ognev, 1951) : Hérisson des steppes. Compte quatre espèces en Asie (Chine, Mongolie et Sibérie),
  • genre Paraechinus (Trouessart, 1879) : Hérissons des déserts. Représenté par 4 espèces en Afrique du Nord et en Asie méridionale.

Les espèces européennes les plus communes sont :

  • Erinaceus europaeus (Linnaeus, 1758), Hérisson d’Europe,
  • Erinaceus concolor (Martin, 1837), à l ‘Est de l’Europe.

L’espèce Erinaceus europaeus s’étend sur toute l’Europe occidentale, y compris les îles du Royaume-Uni, jusqu’à 65° de latitude en Scandinavie. Du côté oriental, la limite s’étend verticalement en partant de la mer Adriatique, puis dans une direction nord-est qui se poursuit jusqu’en Sibérie.

En France, il est présent partout, à l’exception des îles d’Ouessant, d’Yeu et de Sein. Il ne vit que rarement au-dessus de 1000 mètres d’altitude.

Nos hérissons européens ont été introduits en Nouvelle-Zélande au début du 20ème siècle par des colons venus de Grande-Bretagne, et ils s’y sont très bien acclimatés, ont proliféré et se trouvent en très grand nombre dans les deux îles. En revanche, ils ne se sont pas adaptés sur d’autres continents ; on ne trouve pas plus de hérissons en Amérique du Nord qu’en Amérique du Sud, ou en Australie.

 

Paléontologie

Les ancêtres des hérissons sont apparus il y a 60 millions d’années (Crétacé supérieur et Paléocène inférieur). Les hérissons seraient apparus sous leur forme actuelle, il y a 15 millions d’années (Miocène) bien avant des mammifères plus impressionnants auxquels ils ont survécu, comme les rhinocéros laineux, les tigres à dents de sabre ou les mammouths. L’estimation de leur population en Grande-Bretagne à l’époque mésolithique (entre environ 10 000 et 5 000 ans av. J.-C.) donne un chiffre de 3 390 000 individus (pour une population estimée en 2000 à 1 866 000).

Le Hérisson dans différentes cultures anciennes

 

Depuis des milliers d’années le Hérisson est présent dans de nombreuses cultures.

Dans l’Egypte ancienne, on croyait qu’il protégeait les morts. En effet, de nombreuses représentations du Hérisson ont été découvertes dans plusieurs tombeaux.

Dans l’Antiquité chez les Romains, le Hérisson représentait un animal d’une grande importance. En effet, les anciens Romains les utilisaient afin d’appréhender les saisons. Par exemple, si le Hérisson sortait de son terrier, cela signifiait l’arrivée du printemps. S’il voyait son ombre (et avait peur) cela voulait dire que l’hiver allait durer six semaines.

Au Moyen-Age les hérissons ont connu un destin difficile, ils étaient utilisés à des fins médicinales improbables. Par exemple, on croyait que les cendres de leur peau guérissaient de la calvitie. On croyait également que la vision nocturne pouvait être améliorée en mangeant l’œil droit d’un hérisson.

Morphologie et description du Hérisson d’Europe

Aspect général 

Le hérisson commun ou européen est le plus gros insectivore d’Europe. L’aspect général des hérissons est facilement reconnaissable grâce à sa région dorsale couverte de piquants, à l’exception de la gueule, les pattes et le dessous. La face inférieure et le museau sont couverts des poils bruns, plus ou moins foncée selon les individus, mais le ventre est blanchâtre.

Le manteau 

Les piquants font de 22 à 25 mm de longueur, et de 1 à 2 mm de diamètre et ils sont de couleur variable. Les piquants sont des poils modifiés, de structure creuse et rigide. Ils permettent de repousser la plupart des prédateurs.

Ces piquants sont orientés en tous sens et entrecroisés ; ils s’insèrent par groupe de trois dans la peau, chacun pointé dans une direction différente. Des cannelures externes renforçant leur rigidité, ils sont très résistants et pratiquement indéformables ; comme ils sont creux, ils sont très légers.

Leur partie inférieure est plus étroite et coudée, ce qui leur permet de plier et servir de ressort pour amortir le choc lors des chutes, afin que l’épine ne s’enfonce pas dans l’animal, et facilite aussi l’aplatissement contre le corps (LEVIER, 1994).

A la naissance, la peau contient énormément d’eau et entoure le corps de façon rigide, ce qui constitue un rembourrage cutané dans lequel sont comprimés les premiers piquants, et qui permettent de ne pas blesser la mère lors de la mise-bas. Très vite, les premiers piquants, blancs et fins, dépassent de trois millimètres au-dessus de la surface cutanée du dos. En vingt-quatre heures, la peau perd la majeure partie de l’eau et se plisse, et les pointes blanches des piquants dépassent alors de six millimètres. Après trente-six à soixante heures, les extrémités de la deuxième série de piquants rayés sombres et clairs apparaissent alors (GRZIMEK, 1973). La deuxième génération de piquants n’est qu’une version miniature des piquants adultes qui les remplacent graduellement à partir de six semaines environ. Les piquants adultes durent plus longtemps, et sont remplacés un par un, au bout de douze à dix-huit mois (ce mode de renouvellement semble impératif chez un animal dont la survie dépend essentiellement de sa défense épineuse). Parfois ce remplacement se réalise en mode accéléré, mais cette « mue partielle » n’existerait peut-être que chez les animaux sains en captivité (REEVE, 1994).

Le nombre de piquants dépend de la taille et de l’âge de l’animal, et varie de trois mille cinq cents piquants environ chez un jeune qui vient de quitter la portée, à sept mille piquants ou plus chez un grand adulte. Leur couleur évolue en fonction de l’âge ; la partie brune s’étend au détriment de la partie claire au fil du temps, et les vieux hérissons se reconnaissent par leurs piquants entièrement bruns (DEOM, 1999). Sauf pour les mues juvéniles, les piquants sont généralement perdus et remplacés individuellement.

Tous ces piquants sont mobilisés par des muscles peauciers, qui, chez le Hérisson, sont des muscles striés, donc à contraction volontaire, ce qui permet de hérisser à souhait le manteau épineux en cas de danger, ou de les aplatir contre le corps, ce qui rend possible le passage dans des trous d’à peine quatre centimètres de hauteur (LEVIER, 1994).

Variantes de couleur chez l’adulte : il existe des individus avec des piquants blancs occasionnels, des hérissons « blonds » avec une coloration plus pâle que la normale, de vrais albinos (yeux et nez rose) et des individus blancs (yeux et nez noir). Les individus mélanistiques (noir / brun foncé) n’ont pas été enregistrés.

Nouveau-né / juvénile : Les nouveau-nés sont roses et nus avec une peau tendue et gonflée. Les premiers piquants blancs font saillie à travers la peau peu de temps après la naissance. Le deuxième ensemble de piquants pigmentés commence à émerger après seulement quelques jours et, deux ou trois semaines plus tard, elles obscurcissent le premier ensemble. Le troisième ensemble de piquants (adultes) commence à émerger à environ six semaines.

La tête 

Le Hérisson a de courtes oreilles arrondies, principalement cachées par les poils et un long museau étroit avec un rhinarium (ou truffe) noir humide. Les nouveau-nés naissent avec les oreilles fermées.

Les yeux sont noirs et de taille modérée, ne possèdent qu’une vue assez faible, mais raisonnable. Les nouveau-nés naissent avec les yeux fermés.

Le hérisson a 36 dents au (les anomalies de la formule dentaire sont très courantes chez le Hérisson et peuvent être particulièrement fréquentes dans la population de Nouvelle-Zélande). La formule dentaire est i.3/2, c.1/1, pm.3/2, m.3/3 x 2 (mâchoire supérieure = 6 incisives, 2 canines, 6 prémolaires et 6 molaires ; mâchoire inférieure = 4 incisives, 2 canines, 4 prémolaires et 6 molaires).

Les molaires sont absentes dans la dentition de lait (REEVE, 1994), que l’animal perd à 3 – 4 mois (LAGRANGE, 1994).

Les premières incisives supérieures, comme parfois les premières incisives inférieures, sont grosses et caniniformes (TETRY, 1974). Elles sont largement espacées et légèrement projetées vers l’avant. Les canines sont petites et les molaires ont des cuspides bien développées, ce qui permet au hérisson d’écraser les insectes.

 

Dimorphisme sexuel

Non appréciable par simple vue. Les deux sexes sont difficilement reconnaissables puisque les testicules sont intra-abdominaux. La principale différence est que le pénis est bien avancé et que le vagin est situé près de l’anus. Les femelles ont cinq paires de mamelles, une pectoral, deux abdominaux et deux inguinales.

Taille et poids

La longueur du corps d’un hérisson adulte est d’environ 20 – 30 cm. Les nouveau-nés mesurent entre 6 et 10 cm de long.

La taille ou la hauteur en marche des adultes est d’environ 13,2 cm et en position accroupie d’environ 11,9 cm ; la hauteur en marchant des juvéniles est d’environ 10,4 cm.

Le poids des adultes peut aller d’une valeur faible juste après l’hibernation de seulement 600 – 700 g jusqu’à 1,1 ou 1,2 kg avant l’hibernation. Il peut rarement atteindre 1,6 kg et en captivité, les individus en surpoids peuvent même dépasser 2 kg. En général, les mâles sont légèrement plus grands et lourds que les femelles, mais cela peut s’estomper par l’augmentation de la taille avec l’âge.

Le poids des nouveau-nés à la naissance est variable et peut aller de 8 à 25 g Les nouveau-nés à l’extrémité supérieure de cette fourchette peuvent être considérés comme anormalement grands et ils peuvent entraîner des difficultés au moment de la parturition.

Le squelette et le rachis 

L’organisation du squelette du hérisson est celle d’un mammifère. La particularité réside dans le nombre de vertèbres cervicales et leur longueur qui correspondent aux caractéristiques des vertèbres humaines. En effet son cou est court, ceci lui permettant de se mettre en boule (MORRIS & BERTHOUD, 1992).

La forme générale de la colonne est voûtée, les vertèbres sans anticlinales (i.e. les apophyses épineuses sont droites ou orientées caudalement). La faible longueur du cou et cette concavité ventrale marquée de la colonne favorisent l’enroulement (LEVIER, 1994).

La symphyse pubienne est très réduite et reculée ; l’abdomen s’étend déjà largement entre les cuisses.

La queue d’un hérisson adulte mesure environ 2 – 2,5 cm de long.

 

Les membres 

Les membres des hérissons sont dissimulés en partie par de longs poils recouvrant les flancs. Leur taille réelle est souvent sous-estimée car on voit plus souvent les hérissons accroupis que debout. Les membres antérieurs sont morphologiquement différents des postérieurs.

Le fémur du Hérisson, épais et massif, représente un tiers de la longueur du membre libre, ce qui correspond à un animal à démarche lente ; l’adaptation à une locomotion plus rapide allonge les segments distaux et la position de l’humérus et du fémur s’approche de l’horizontale (GRASSE, 1967).

Le membre postérieur mesure 10 cm de la hanche au bout des phalanges ; il est adapté à la propulsion par une longue surface d’appui. Le membre antérieur est moins long, plus large et plus puissant, lui permettant de terrasser le sol efficacement (LAGRANGE, 1994).

Tous les hérissons sont plantigrades et possèdent cinq doigts munis de griffes longues et solides (sauf Atelerix qui n’a que quatre doigts à l’arrière) (LAGRANGE, 1994).

Les dimensions moyennes des pieds sont, selon STOCKER (1987) :

Avant   longueur : 2,5 cm            largeur : 2,8 cm

Arrière longueur : 3 cm                largeur : 2 cm

La longueur de la foulée est de 10 à 15 cm, la largeur de la piste (c’est-à-dire la distance entre les pattes) de 3 à 6 cm, selon l’âge et la taille de l’animal.

Les empreintes des postérieurs peuvent, à vive allure, empiéter sur celles des antérieurs, de telle manière que les traces des longues griffes arrière atteignent les traces des coussinets avant.

Les traces des antérieurs ont tendance à tourner un peu vers l’intérieur, alors que les postérieurs vont vers l’extérieur (STOCKER, 1987).

La musculature

Les hérissons peuvent se rouler en une boule serrée avec les piquants hérissés dans toutes les directions dans le cadre de leurs comportements défensifs.

La musculature cutanée complexe permet l’érection de la colonne vertébrale et permet au hérisson de se mettre en position de boule défensive serrée. (MORRIS, 1994)

Ainsi, en présence d’un danger, le Hérisson, prudent, dresse ses piquants. Il commence par dresser ceux qui sont situés au-dessus de sa tête, (ce qui lui permet de conserver ses yeux et ses oreilles ouverts) en utilisant le muscle fronto-dorsalis (ou fronto-cuticularis ou preorbitalis dorsalis). Chez les bébés, ce muscle est rapidement fonctionnel, avant même que les yeux ne s’ouvrent ; il se caractérise par un pli horizontal sur le front.

Le muscle fronto-dorsal (fronto-orbicularis ou preorbitalis dorsalis), qui s’étend sur le front de hérisson, est utilisé pour tirer la peau épineuse de la tête vers le bas pour protéger la face. Le hérisson est toujours capable de garder ses yeux et ses oreilles ouverts pendant que ce muscle est contracté. (MORRIS, 1994)

Lors d’une attaque soudaine ou en présence d’un bruit aigu, la première étape de la défense consiste en un fléchissement très rapide. Dans un réflexe stupéfiant de rapidité (moins d’un centième de seconde) le muscle frontal se contracte et la tête se replie vers le bas. Dans le même temps, l’extension de la musculature peaucière (panniculus carnosus) stimule les muscles érecteurs des piquants et provoque un hérissement rapide. (REEVE, 1994). Lorsqu’on touche un hérisson, le panniculus se resserre localement pour augmenter la densité des piquants au point de contact, et l’animal peut se fâcher et se mettre à souffler. (MORRIS, 1994)

Si la menace persiste, l’animal va alors se rouler en boule, phénomène remarquable dans lequel un complexe de muscles tend vers le bas la peau épineuse du dos, de manière à envelopper tout le corps. Ceci est rendu possible par la grande souplesse de la peau du dos et de ses muscles associés, qui sont par ailleurs peu attachés au reste du corps. Sur les bords du muscle panniculus carnosus, existe un épaississement qui n’est autre que le muscle orbicularis, qui constitue un anneau dont la circonférence correspond à la limite externe des piquants. Dans le processus d’enroulement, le muscle orbicularis est tiré vers le bas, comme une cagoule, sur la tête et les épaules par divers muscles abdominaux. Les oreilles, souples, plient vers l’avant ; l’arrière-train et la queue sont repliés à l’intérieur du sac par les muscles caudo-dorsalis et caudo-abdominalis. L’action s’achève par la contraction du muscle orbicularis, qui agit comme le cordon d’un sac pour fermer l’ouverture du dessous ; à l’intérieur, le corps du Hérisson est complètement replié, tête contre queue (REEVE, 1994).

Si nécessaire, les hérissons peuvent rester enroulés pendant des heures, puisque, mise à part la tension du muscle orbicularis, le reste du corps est décontracté.

Quand un hérisson se roule dans une boule serrée, l’étirement des muscles responsables de hérisser les piquants se produit et les piquants s’érigent automatiquement ; par conséquent, plus la boule est serrée, plus les épines sont proéminentes. (MACDONALD, 2001)

Pour illustrer l’étonnante souplesse de la peau, on peut saisir un hérisson décontracté par la peau de la nuque, et on verra le corps quasiment « sortir » de son sac détendu de peau épineuse. Ceci est particulièrement remarquable lors de la manipulation des animaux anesthésiés.