Logements

Habitat

Les hérissons vivent dans des habitats dont l’altitude varie de 400 à 600 m et peut atteindre exceptionnellement 1500 à 2000 m au-dessus du niveau de la mer. Une grande variété d’habitats est utilisée, notamment des terres agricoles, des régions boisées de feuillus, des haies, des jardins de banlieue, des parcs urbains, etc. L’habitat de lisière peut être préféré. Ainsi les vastes zones de monoculture avec utilisation intensive de pesticides et manque de haies ne sont pas appropriées. Les habitats appropriés doivent contenir suffisamment de proies invertébrées et de matériaux de nidification.

Nids et sites de nidification

Les hérissons ont besoin de nids tout au long de l’année pour se cacher et se protéger des intempéries. On peut identifier trois types de nids différents : les nids de jour utilisés durant l’été lorsque cet animal nocturne dort, les « nids de reproduction » utilisés par les femelles et leurs portées, et les « nids d’hiver » ou hibernacles. Les « nids d’hiver » sont l’objet de beaucoup de soins et ils sont généralement de construction plus solide ; les feuilles sèches et l’herbe, apportées par l’animal, en constituent les parois, et absorbent une partie des variations de la température extérieure.

Le site de nidification est choisi dans une structure pouvant supporter l’apport de matériaux par le dessus, le plus souvent dans un renfoncement de terrain, à l’abri d’un talus, sous des branches, des ronces, des grosses racines d’arbres, une pile de bois, dans une remise de jardin, etc. dans un terrier de lapin abandonné éventuellement.

La construction d’un nid occupe 0,4 % du temps total soit 3,2 % du temps d’activité réelle. Les femelles s’y emploient souvent pendant plusieurs jours avant la mise-bas. Les jeunes, à l’automne, bâtissent souvent plusieurs nids avant de choisir celui qui les abritera pendant l’hiver.

Le Hérisson transporte dans sa gueule un stock de feuilles mortes, d’herbes et éventuellement de fougères, vers l’emplacement choisi. Les feuilles constituent le matériau idéal, car parfaitement étanche. Il les empile en un gros tas bien épais, sur une cinquantaine de centimètres de large et les imbrique dans une structure solide, résistant aux intempéries, puis il creuse l’intérieur et effectue des mouvements de rotation dans la cavité pour tasser les feuilles et les orienter régulièrement, créant ainsi des murs de quinze centimètres d’épaisseur environ. Il accède à ce logement par un petit tunnel. Le nid doit être bien compact pour éviter toute intrusion du froid.

L’isolation thermique est étonnante. Que la température extérieure soit à plus 10°C. ou à moins 10°C., la température ambiante restera entre plus 1 et plus 5°C. Ces parois de feuilles ont pour mission de protéger l’animal du froid mais aussi des courtes périodes de chaleur qui pourraient le réveiller inutilement.

Les nids doivent résister d’une année à l’autre ; ceux qui sont construits sur des ronces, par exemple, persistent plus longtemps que ceux qui sont exclusivement composés de feuilles, qui pourrissent plus vite. Au total, 30 % des nids se maintiennent jusqu’à l’hiver suivant, bien qu’ils ne soient pas de nouveau occupés. Plus de la moitié est occupée pendant au moins un mois, mais beaucoup le sont pendant six mois en continu. Les hérissons partagent rarement un nid.

Utilisation des nids

Dans une étude portant sur deux femelles et un mâle dans un habitat en lisière de forêt, les femelles utilisaient moins de nids que les mâles et se déplaçaient moins souvent entre les nids. (MORRIS, 1986)

Dans une zone de « terres agricoles traditionnelles » (une mosaïque de haies, de petits bosquets et de prairies non aménagées plus le village associé), des études par radiopistage ont montré qu’un mâle adulte utilisait plus de nids qu’une femelle adulte et se déplaçait plus souvent entre les nids. Les nids utilisés par le mâle étaient largement dispersés sur la zone habituellement utilisée par cet animal alors que les nids utilisés par la femelle étaient beaucoup plus proches les uns des autres. (MORRIS, 1988)

Une étude portant sur l’utilisation des nids d’été dans une population de hérissons sur un terrain de golf a montré que les femelles avaient tendance à utiliser un nid plus longtemps que les mâles et utilisaient un plus petit nombre de nids en été, bien que dans 52,4% des cas un nid a été utilisé uniquement une journée avant que l’animal se déplace ; les mâles utilisaient plus de nids au total et pour des périodes consécutives plus courtes. De plus, ils retournaient généralement dans un nid utilisé auparavant après un ou plusieurs jours passés dans un autre, et dans 65,4% des cas, ils utilisaient un nid seulement un jour avant de se déplacer ailleurs. Dans cette étude, les mâles utilisaient parfois des nids qui avaient été utilisés auparavant par les femelles et dans un seul cas, une femelle utilisait un nid qui avait été occupé antérieurement par une autre femelle. A la fin de la nuit, les hérissons ont été observés se déplaçant directement vers un nid qu’ils avaient précédemment utilisé, ce qui prouve qu’ils se souvenaient de l’emplacement de ce nid. (REEVE & MORRIS, 1985)

« Nids d’été » :

Les hérissons utilisent des « nids d’été » ou « nids de jour » pour se réfugier dans la journée pendant la saison active. (REEVE, 1994)

Les hérissons reviennent habituellement à un « nid d’été » pendant la journée, mais ils peuvent aussi se déplacer entre plusieurs « nids d’été » alternatifs, revenant parfois à d’anciens sites de nidification à une date ultérieure pendant la saison. (MORRIS, 1987)

Sur des hérissons suivis par radiopistage en Nouvelle-Zélande on a constaté qu’ils pouvaient réutiliser à la fois les nids pendant plusieurs jours consécutifs ou après un intervalle de temps. (MOORS, 1979)

Auparavant on pensait que les « nids d’été » étaient moins robustes ou substantiels et plus facilement abandonnés que les hibernacles. Bien que ce soit souvent le cas (MORRIS, 1987), les « nids d’été » fournissent tout de même un abri pendant toute la période active (de mars à novembre au Royaume-Uni) lorsque des conditions météorologiques sont défavorables, ce qui rend leur conception importante. (REEVE, 1994)

Les observations sur le terrain ont révélé que les « nids d’été » étaient de construction semblable à celle des « nids d’hiver » ; des « nids d’été » ont également été adaptés pour être utilisés comme hibernacles dans certains cas (REEVE, 1994).

Alors que les hérissons se retirent habituellement dans un « nid d’été » couvert pendant la journée en saison active, ils peuvent occasionnellement (REEVE, 1994) ou même souvent (MORRIS, 1994) se reposer à l’extérieur, près de leur nid ou dans un lieu de végétation abondante, en particulier par temps chaud. (CORBET & HARRIS, 1991 ; MORRIS, 1987 ; MORRIS, 1997)

Dans les régions où le climat est plus chaud comme en Nouvelle-Zélande, les « nids d’été » des hérissons peuvent être moins robustes (par exemple, aiguilles de pin, graminées), contrairement aux nids plus conséquents des zones plus froides. (REEVE, 1994)

Durant toute la saison active, les hérissons (mâles et femelles) utilisent généralement un certain nombre de « nids d’été » pendant des périodes très variables ; le déplacement entre les nids se produit assez fréquemment et les individus peuvent retourner dans leurs nids plus tard dans la saison. (REEVE, 1994)

Des études ont montré que les mâles adultes occupent un plus grand nombre de nids et les modifient plus fréquemment que les femelles non reproductrices. (CORBET & HARRIS, 1991 ; REEVE, 1994)

Des études suggèrent que les mâles changent de nid plus fréquemment que les femelles qui peuvent utiliser le même « nid d’été » pendant des périodes continues de 7 à 10 jours. (MORRIS, 1997)

Une étude de radiopistage en Italie a révélé que tous les hérissons étudiés utilisaient plus d’un « nid d’été » durant la période active et ont constaté que la plupart des nids étaient occupés plus d’une fois (62%, n = 120). On a observé que les hérissons retournaient aux anciens nids pendant une période de 1 à 169 jours. (REEVE, 1994)

Les données montrent que les « nids d’été » utilisés par les femelles sont moins espacés dans leur domaine vital que ceux utilisés par les mâles plus éloignés les uns des autres. (REEVE, 1994)

Il faut se rappeler que la fréquence à laquelle les hérissons changent de nid peut être modifiée par des perturbations externes ; l’évaluation des méthodes de radiopistage devrait être envisagée pour évaluer le potentiel de données artéfactuelles. (REEVE, 1994)

Les « nids d’été » trouvés au cours d’une étude étaient souvent considérés comme généralement bien construits, (82,9% des 41 nids) « un monticule de feuilles tombées naturellement », incluant parfois de petites brindilles. Seulement 7,3% étaient entièrement faits d’herbe et 9,8%, de feuilles et d’herbe. (REEVE & MORRIS, 1985)

Les « nids d’été » avaient occasionnellement (4/41) des tunnels à entrée unique d’une longueur d’un mètre ou plus. On ne sait pas si ceux-ci avaient été creusés par le hérisson ou étaient des « points » de reproduction creusés par des lapins ; les hérissons sont connus pour utiliser des terriers de lapin. (REEVE & MORRIS, 1985)

Les observations sur les hérissons captifs ont révélé qu’à une occasion, deux individus qui s’étaient échappés pendant la nuit (la même nuit) avaient creusé un terrier de 0,5 mètre de long dans la terre sous le nichoir. (DIMELOW, 1963)

Un hérisson en particulier utilisait en général pendant des années consécutives des sites de nidification dans la même zone qu’avant (par exemple, le même bosquet). (REEVE & MORRIS, 1985)

En Nouvelle-Zélande, on a constaté que les « nids d’été » ne sont généralement utilisés qu’une seule fois, bien que certains puissent être utilisés pendant plusieurs jours consécutifs ou utilisés de façon répétée mais sporadique. (MOSS & SANDERS, 2001)

« Nids de reproduction » :

Les femelles hérisson utilisent des « nids de reproduction » pour la parturition et l’élevage de leurs portées. (CORBET & HARRIS, 1991 ; REEVE, 1994 ; MORRIS, 1997)

Les femelles construisent un « nid de reproduction » à partir de la végétation, y compris les feuilles et l’herbe mais aussi des matériaux supplémentaires, par exemple du papier, des ordures. (MORRIS, 1987)

La structure des « nids de reproduction » est similaire à celle des autres nids, bien qu’ils soient plus grands pour fournir suffisamment d’espace à la mère allaitante et sa portée. (REEVE, 1994)

Les femelles peuvent construire et utiliser plus d’un « nid de reproduction » pendant la période de lactation ; des perturbations peuvent entraîner l’abandon des nids et le transfert des bébés hérissons vers une nouvelle structure. (REEVE, 1994)

« Nids d’hiver » ou hibernacle :

Les hérissons construisent des « nids d’hiver » ou des hibernacles pour l’hibernation en hiver (ou l’estivation en été). (REEVE, 1994)

Les hérissons construisent un « nid d’hiver » ou un hibernacle à partir de la végétation, y compris des feuilles, des buissons et des bûches. Les couches de feuilles emballées autour du hérisson agissent comme un isolant afin d’éviter un refroidissement excessif ou un réchauffement pouvant perturber l’hibernation. La construction du nid est conçue pour que son centre reste au sec. (MORRIS, 1994)

Le nid doit être bien compact pour éviter toute intrusion du froid (LAGRANGE, 1994).

Des hibernacles ont été observés dans des zones de ronces, de broussailles, sous des hangars ou des troncs d’arbres tombés. (MORRIS, 1987 ; MORRIS, 1997)

Les travaux expérimentaux sur les hibernacles ont montré que les températures internes de l’air se situent entre 1 et 5°C pendant plus des trois quarts du temps alors que les températures ambiantes externes sont de -8 à + 10°C. (MORRIS, 1987 ; MORRIS, 1994)

Que la température extérieure soit à +10°C ou à -10°C, la température intérieure restera entre plus 1 et plus 5°C. Ces parois de feuilles ont pour mission de protéger l’animal du froid mais aussi des courtes périodes de chaleur qui pourraient le réveiller inutilement (LAGRANGE, 1994).

Le partage simultané de « nids d’hiver » a été signalé occasionnellement dans des ouvrages scientifiques ; il a été suggéré que les individus pouvaient être la mère et les frères et sœurs, ou les frères et sœurs de la saison de reproduction précédente. Le partage des nids dans les régions à température ambiante froide peut conférer certains avantages en termes de thermorégulation. (REEVE, 1994)

Une étude sur le terrain a révélé que seuls les jeunes hérissons partageaient un hibernacle et que cela ne durait que pendant une courte période. (MORRIS, 1987)

Les hérissons hibernent généralement seuls dans des habitats favorables mais les hibernacles peuvent se trouver assez près les uns des autres. (MORRIS, 1997)

Une étude sur le terrain a révélé que chaque fois qu’un hérisson changeait de « nid d’hiver » après une période d’excitation (éveil), il construisait toujours un nouveau nid et n’occupait pas un hibernacle déjà construit. (MORRIS, 1987)

Les auteurs suggèrent qu’il est inhabituel pour un hérisson de rester dans un seul « nid d’hiver » pendant toute la durée de l’hibernation. (CORBET & HARRIS, 1991 ; MORRIS, 1994 ; MORRIS, 1997)

Les hérissons ne stockent ni ne conservent de nourriture dans leurs hibernacles pendant l’hiver. (CORBET & HARRIS, 1991 ; MORRIS, 1994)