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Réglementation en vigueur et éthique

Introduction

Le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) est un animal emblématique des jardins. Il attire la sympathie du public qui n’hésite pas à lui venir en aide, parfois même avec un excès de zèle.

Le Hérisson est un animal sauvage et strictement protégé. Il est à espérer que l’arrivée du Hérisson d’Afrique (*) sur le marché des NAC (nouvel animal de compagnie) dans certains pays ne lui portera pas préjudice, comme la tentation de le transformer, à l’instar de son cousin, en animal captif.

Si les animaux sauvages n’ont pas de propriétaires à qui on doit rendre des comptes, leur prise en charge est encadrée par la loi, ce que nous verrons dans la première partie.

Le vétérinaire praticien n’est ainsi qu’un maillon dans la chaîne d’accueil des animaux sauvages, et doit donc connaître ses partenaires, dont les principaux font l’objet de la seconde partie.

En plus du cadre législatif, les soins à la faune sauvage se distinguent de ceux aux animaux domestiques par une éthique différente, liée au mode de vie particulier de ces animaux. La troisième partie est donc consacrée à des pistes de réflexions sur le bienfondé de l’intervention humaine dans le domaine de la faune sauvage.

I. REGLEMENTATION CONCERNANT LA FAUNE SAUVAGE EN FRANCE

Si la prise en charge d’un animal sauvage peut susciter de l’enthousiasme, il faut savoir que les interactions entre l’Homme et cet animal sont réglementées à l’échelle nationale, européenne et mondiale.

Nous nous limiterons aux textes concernant le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus).

Liste des principaux textes de loi (conventions internationales, lois, décrets, arrêtés et circulaires) qui régissent cette espèce sauvage et protégée :

* Convention de Washington : 3 mars 1973 (effet au 1er juillet 1975).

* Convention de Berne : 19 septembre 1979 (effet au 1er juin 1982).

* Par la ratification de la convention de Berne le 26 avril 1990. Le but de cette convention est d’assurer la conservation de la flore et de la faune sauvage et de leurs habitats naturels, 51 pays y ont souscrit.

* Directive « Habitats » 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvages

* Arrêté du 11 septembre 1992, relatif aux règles de fonctionnement et aux caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage.

* Circulaire du 14 mai 1993 : en cas d’urgence, (si la survie de l’animal est menacée et s’il est impossible de le réinsérer immédiatement dans la nature) la circulaire du 14 mai 1993 autorise, sous certaines conditions, aux particuliers à transporter un animal sauvage protégé dans les centres de sauvegardes les plus proches. En cas d’absence de structure d’accueil adaptée, les vétérinaires peuvent procéder aux soins de première urgence. Modifiée par la circulaire du 12 juillet 2004.

* Règlement (C.E.E.) n° 338/97 du Conseil du 9 décembre 1996.

* Arrêté du 25 octobre 1995 : Contrôle des établissements.

* Arrêté du 12 décembre 2000 : Diplômes et condition d’expérience pour la capacité.

* Circulaire du 12 juillet 2004 : Suivi des activités.

* Arrêté du 10 août 2004 fixant les règles générales de fonctionnement des installations d’élevage d’agrément d’animaux d’espèces non domestiques (modifié par l’arrête du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques).

* Arrêté du 10 août 2004 fixant les conditions d’autorisation de détention d’animaux de certaines espèces non domestiques dans les établissements d’élevage, de vente, de location, de transit ou de présentation au public d’animaux d’espèces non domestiques (modifié par l’arrête du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques).

* Arrêté du 8 octobre 2018 fixant les règles générales de détention d’animaux d’espèces non domestiques

* Circulaire du 17 mai 2005 relative aux règles précisant la détention d’animaux d’espèces *r non r* domestiques. (Circulaire non publiée dans le JORF).

* Arrêté du 23 avril 2007 modifié le 19 mai 2018 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection.

* Article 521-1 du Code Pénal : Le fait d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle ou de commettre des actes de cruauté envers un animal est passible de 2 ans d’emprisonnement et 30 000€ d’amende (loi du 6 janvier 1999).

* Articles R.653-1, R.654-1 et R.655-1 du Code Pénal.

Code de l’Environnement :

Pour la partie législative, le livre IV nous intéresse particulièrement (notamment les articles L.411-1 à L.415-3).

Articles L.411-1 et L.411-2 : Sur la conservation et destruction de l’habitat, capture, détention, transport, vente… d’espèces animales non domestiques.

Article L.413-2 : Certificat de capacité.
Article L.413-3 : Autorisation d’ouverture d’un centre de soins.
Article L.413-4 : Contrôle de l’administration.

Article L.413-6 à L.413-8 :  Suivi statistique et administratif des animaux – identification – cession

Article L.415-3 : Interdiction de porter atteinte à la conservation d’espèces animales non domestiques sanction : 2 ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende.

Pour la partie réglementaire

Livre IV : articles R.411-1 et suivants ; R.413-1 et suivants ; sanctions R.413.45 et suivants.

Code Rural et de la Pêche Maritime :

Pour la partie législative

Livre II, Titre Ier, Chapitre IV : La protection des animaux, Section 1 : Dispositions générales (articles L.214-1 à L.214-5).

Pour la partie réglementaire

Livre II, Titre Ier, Chapitre IV, Section 5 : Activités diverses soumises à autorisation.

Nous examinerons par la suite certains de ces textes réglementaires plus en détail.

1) Classification des espèces de la faune sauvage française autochtone et conséquences légales

Nous nous limiterons aux textes concernant les individus vivant en milieu naturel, sans nous étendre sur ceux relatifs à la protection de leur habitat, ni sur la protection de l’environnement en général. Le droit relatif aux espèces non domestiques est d’abord un droit national, mais il découle aussi de directives européennes et de conventions internationales ratifiées par la France.

a) Le droit français

La protection légale de la faune sauvage française est une notion récente. Les références en ce qui concerne le droit français en matière de faune sauvage sont le Code de l’Environnement et le Code Rural et de la Pêche Maritime ainsi que de nombreux arrêtés ministériels et préfectoraux.

Ainsi, dans le cas du Hérisson d’Europe (Erinaceus europeaus), l’espèce est protégée par le Code de l’Environnement et par le Code Rural et de la Pêche Maritime ainsi que par de nombreux arrêtés ministériels et préfectoraux. Le livre IV du Code de l’Environnement nous intéresse notamment par les articles L.411-1 à L.415-3 pour la partie législative et les articles R.411-1 et suivants, R.413-1 et suivants, sanctions R.413.45 et suivants pour la partie réglementaire ; le Livre II, Titre Ier, Chapitre IV, Section 1 du Code Rural et de la Pêche Maritime pour la partie législative et le Livre II, Titre Ier, Chapitre IV, Section 5 pour la partie réglementaire.

Les « mauvais traitements » envers les animaux sont punis par la loi : « Il est interdit d’exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu’envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité » (article L.214-3 du Code Rural et de la Pêche Maritime, punis de 750 euros d’amende – article R215-4 du même code). Les « actes de cruauté » sont un délit donc punis par emprisonnement et amende : « Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende » (art 521-1 du Code Pénal).

Rappelons ici l’article L.415-3 du code de l’environnement (LOI n°2016-1087 du 8 août 2016 – art. 129) :

« Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende :

1° Le fait, en violation des interdictions ou des prescriptions prévues par les dispositions de l’article L.411-1 et par les règlements ou les décisions individuelles pris en application de l’article L.411-2 :

a) De porter atteinte à la conservation d’espèces animales non domestiques, à l’exception des perturbations intentionnelles ;

b) De porter atteinte à la conservation d’espèces végétales non cultivées ;

c) De porter atteinte à la conservation d’habitats naturels ;

d) De détruire, altérer ou dégrader des sites d’intérêt géologique, notamment les cavités souterraines naturelles ou artificielles, ainsi que de prélever, détruire ou dégrader des fossiles, minéraux et concrétions présents sur ces sites.

Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende lorsque les infractions visées aux 1° et 2° sont commises dans le cœur d’un parc national ou dans une réserve naturelle.

Lorsqu’une personne est condamnée pour une infraction au présent article, le tribunal peut mettre à sa charge les frais exposés pour la capture, les prélèvements, la garde ou la destruction des spécimens rendus nécessaires.

Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende :

Le fait de commettre les infractions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l’article L.415-3 du présent code en bande organisée, au sens de l’article 132-71 du code pénal »

Définition espèce domestique/non domestique

L’instruction NP/94/6 du 28 octobre 1994 et l’article R.411-5 du Code de l’Environnement donnent la définition légale des espèces domestiques et des espèces non domestiques : « Sont considérées comme espèces animales non domestiques celles qui n’ont pas subi de modification par sélection de la part de l’Homme ». A l’opposé les espèces domestiques ont fait l’objet d’une pression de sélection continue et constante. Cette pression de sélection a abouti à la formation d’un groupe d’animaux qui a acquis des caractères stables, génétiquement héritables.

Cette instruction protège la faune sauvage d’une éventuelle volonté de domestication par l’Homme, et donc d’un changement de statut :

« Le fait qu’un animal d’espèce non domestique soit né libre ou captif et le temps qu’il a passé en captivité sont sans influence sur son caractère non domestique : tout au plus peut-on parler d’un animal d’espèce sauvage, apprivoisé ou tenu en captivité » – article 276 du code rural et articles 511-1 et R.653-1, R.654-1 et R.655-1 du Code Pénal.

Dans l’Arrêté Ministériel du 11 août 2006, se trouve la liste des « espèces, races et variétés d’animaux domestiques au sens des articles R.411-5 et R.413-8 du Code de l’Environnement ». Cette liste est évolutive.

Concrètement, le caractère non domestique d’une espèce est déterminé par son inscription sur une liste le définissant comme tel.

Espèces protégées

Divers arrêtés ministériels définissent des listes d’espèces protégées (oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens) ainsi que le degré de protection dont bénéficie chacune de ces espèces : celle-ci peut être soit totale, avec protection des espèces aussi bien que de leur habitat, soit partielle ou de commerce, sans toutefois interdire leur destruction. Il faut noter que certains nuisibles sont protégés partiellement par l’existence d’une règlementation relative à la nécessité d’un agrément pour les piégeurs et des règles de conformités pour leur matériel.

Nous n’allons pas traiter ici les textes qui concernent toutes les espèces protégées. Nous nous limiterons uniquement au cas du Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) car il figure dans la section des « Mammifères terrestres » de la liste officielle des espèces protégées de l’Arrêté Ministériel du 23 avril 2007.

Cet arrêté fixe la liste d’espèces jouissant d’une protection totale pour laquelle « Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel » ainsi que

« …la détention, le transport, la naturalisation, le colportage, la mise en vente, la vente ou l’achat, l’utilisation commerciale ou non des spécimens prélevés dans le milieu naturel ». Il protège également les aires de repos et de reproduction de ces animaux.

b) Le droit européen

L’Europe s’est impliquée dans la protection et la gestion de la faune comme en témoignent les deux directives applicables aux Etats membres (Directive oiseaux et Directive habitats, faune, flore).

Directive Habitats

La Directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 concerne la conservation des habitats naturels et semi-naturels ainsi que de la faune (sauf les oiseaux) et de la flore sauvage. L’Annexe II comporte de nombreuses espèces animales et végétales, l’annexe IV prévoit la protection stricte de certaines espèces animales pour lesquelles sont interdits leur capture, leur mise à mort, leur perturbation durant la période de reproduction, de dépendance, d’hibernation ou de migration, leur transport, leur commerce et leur détention. L’annexe V autorise les Etats qui l’estiment nécessaire à adopter des mesures protégeant les espèces animales non reprises précédemment.

Règlement (C.E.E.) 3626/82 du 3 décembre 1982

Ce règlement a été pris dans un souci d’harmonisation de l’Europe avec la Convention de Washington (cf. infra).

Différences de protection entre pays de l’Union Européenne

Si en France le Hérisson d’Europe est une espèce strictement protégée, la détention et les soins sont soumis à l’obtention du certificat de capacité, ce n’est pas le cas dans tous les pays européens.

Ainsi, au Royaume-Uni, aucune autorisation est requise pour la détention et les soins à l’espèce Erinaceus europaeus. En effet, dans la section 9 du Wildlife and Countryside Act 1981, le Hérisson d’Europe est cité dans l’annexe 6 qui interdit uniquement de le tuer ou certains modes de capture. Certains organismes comme la British Hedgehog Preservation Society (BHPS) ou le Trust for Endangered Species (PTES) avec des parlementaires comme M. Oliver Colvile se battent pour que le Hérisson d’Europe soit inclus dans l’annexe 5 de la section 9 du Wildlife and Countryside Act 1981 qui assure une protection stricte de l’animal similaire à celle qui existe en France. Certaines structures très sérieuses et respectés internationalement pour les soins à la faune sauvage, comme le Vale Wildlife Hospital, réclament qu’une « licence » pour l’ouverture d’un centre de soins soit obligatoire (ce qui équivaudrait à l’obtention d’un certificat de capacité et à l’obtention d’une autorisation d‘ouverture d’établissement auprès des autorités) car (je cite) : « La réhabilitation (soins) de la faune DEVRAIT être soumise à l’obtention d’une licence (« une autorisation de l’État »), car il y a trop de personnes qui s’essayent et qui ne savent pas ce qu’elles font ».

En Allemagne, le Hérisson d’Europe n’est pas non plus une espèce strictement protégée. Prendre en charge un hérisson par une personne non capacitaire est autorisé uniquement « à titre exceptionnel ». Conformément aux dispositions du BNatSchG (loi fédérale sur la protection de la nature), le BNatSchG 45, paragraphe 5 : « Nonobstant les interdictions du BNatSchG 44 et à titre exceptionnel, il est autorisé de prendre en charge des animaux blessés, malades ou sans défense, pour les allaiter ou les élever correctement et être libérés immédiatement dès qu’ils sont capables de subvenir à leurs propres besoins. »

c) Le droit international

Convention de Washington du 3 mars 1973

La Convention de Washington concerne le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées. Elle a été ratifiée par la France en 1978. Les espèces protégées sont classées en trois annexes selon le degré de menace qui pèse sur elles. Cette convention s’applique aussi bien aux spécimens vivants qu’aux produits qui en dérivent. L’annexe I regroupe les espèces menacées d’extinction et dont le commerce international est interdit sauf dérogation. Les espèces citées dans l’annexe II sont reconnues comme étant moins menacées, leur commerce est donc possible mais nécessitant des autorisations. Enfin, les espèces figurant dans l’annexe III ne font l’objet d’une protection de type Annexe II que dans les pays de l’aire de répartition de l’espèce qui en font la demande.

Convention de Berne du 19 septembre 1979

Cette convention signée par la France en 1979 mais ratifiée onze ans plus tard seulement, concerne la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe. Des listes d’espèces de plantes et d’animaux protégés figurent en annexe. Concernant les animaux, l’annexe II cite les espèces de faune strictement protégées, tandis que l’Annexe III liste les espèces de faune protégées. L’Annexe IV précise les moyens et méthodes de mise à mort, de capture et autres formes d’exploitation interdits.

d) Conséquences légales

Nous avons vu précédemment que la plupart des espèces de la faune sauvage française jouit d‘une protection totale, interdisant toute interaction humaine avec ces espèces. Néanmoins, trois types de dérogations existent qui concernent les particuliers, les vétérinaires et les centres de sauvegarde.

Découvreur : chemin le plus court et sans délai

La circulaire DNP/CFF N° 02-04 du 12 juillet 2004 précise la situation des particuliers recueillant des animaux blessés de la faune sauvage locale. Ceux-ci peuvent, si la vie de l’animal est menacée, l’acheminer dans un centre de sauvegarde à condition que le transport s’effectue « dans les plus brefs délais et par l’itinéraire le plus direct ». Cette disposition découle du principe que la situation d’urgence donne la priorité à la sauvegarde de l’animal. Bien que ce principe soit légalement accepté, toute personne se trouvant dans un cas d’urgence nécessitant un transport sans autorisation d’un animal sauvage se verra conseiller d’appeler ledit centre avant son arrivée afin de prouver sa bonne foi en cas de contrôle sur le chemin, et d’éviter ainsi d’éventuels désagréments.

Situation des cabinets vétérinaires

Cette même circulaire DNP/CFF N° 02-04 du 12 juillet 2004 éclaire la situation des vétérinaires confrontés à un animal sauvage apporté dans leur cabinet par un particulier. Les vétérinaires sont habilités à donner les premiers soins. Néanmoins, une fois l’animal stabilisé, le vétérinaire ne peut le garder dans sa clinique sans se mettre en faute, et l’acheminement de l’animal vers un centre de sauvegarde nécessite l’intervention d’une personne bénéficiant d’une autorisation de transport, ou sous couvert de l’autorisation de transport du centre de soins vers lequel l’animal est acheminé.

A la différence du particulier, le vétérinaire est soumis à diverses démarches règlementaires consécutives à la prise en charge d’un animal sauvage. En effet, dès la réception de l’animal, le vétérinaire doit, sans délai :

– Faire remplir une déclaration de dépôt à la personne qui a apporté l’animal.

– Prévenir la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) ou le service départemental de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) de l’hébergement provisoire de l’animal en question. Dans le cas des gibiers chassables, le vétérinaire peut prévenir la Direction Départementale des Territoires (DDT).

– Prévenir le centre de sauvegarde le plus proche ou le mieux à même de prendre en charge l’animal. En effet, tous les centres ne sont pas capacitaires pour l’ensemble des espèces françaises.

Structures exerçant des soins sur la faune sauvage

Le maintien en captivité temporaire en vue de la réalisation de soins n’est possible que dans un établissement dans lequel une personne est titulaire d’un certificat de capacité pour l’espèce concernée et possédant une autorisation d’ouverture de l’établissement. Il existe trois types de certificat de capacité:

– Le certificat de capacité de vente ou transit (animaleries, centres de rassemblements).

– Le certificat de capacité d’élevage (comprend la détention simple : refuges, soins…).

– Le certificat de capacité à la présentation au public. Celui-ci ne concerne pas les centres de sauvegarde qui ont l’interdiction de présenter les animaux au public afin d’assurer leur tranquillité. Il sert notamment dans les voleries, qui font des démonstrations d’animaux d’espèces non domestiques (zoos, cirques…).

En ce qui concerne la faune sauvage, divers textes réglementaires indiquent les démarches à suivre pour l’obtention d’un certificat de capacité et d’une autorisation d’ouverture d’établissement :

– L’arrêté ministériel du 12 décembre 2000 fixe les diplômes et les conditions d’expérience professionnelle.

– L’arrêté du 11 septembre 1992 porte sur les règles générales de fonctionnement et les caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage. Il définit notamment les normes des cages, enclos, volières…en fonction des espèces, mais aussi des autres équipements dont doit disposer le centre.

– L’arrêté ministériel du 25 octobre 1995, modifié par celui du 7 octobre 1996 concerne la mise en œuvre du contrôle des établissements détenant des animaux d’espèces non domestiques (tenue des registres).

Conclusion

Le statut de l’animal est sans conséquence légale pour le découvreur et sur la possibilité d’effectuer les soins d’urgence par le vétérinaire. Toutefois, il peut influer dans le choix thérapeutique, notamment s’il s’agit d’une espèce très menacée ou au contraire « nuisible ».

2) Autorités compétentes en matière de faune sauvage

De nombreuses structures de rayons géographiques différents interviennent en matière de faune sauvage. Outre leur portée d’action, ces structures se distinguent par des rôles différents, à savoir la prise de décision, le conseil ou encore la réalisation de contrôles (L’Hostis, 2006).

a) Autorités compétentes au niveau national

A l’échelle nationale, les décisions sont prises au niveau de trois ministères : le Ministère de la Transition écologique et solidaire, la Direction Générale de l’aménagement du logement et de la nature, le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, le Ministère de l’Economie et des Finances pour ce qui concerne la répression des fraudes et le Ministère de l’Action et des comptes publics.

Le Conseil national de la protection de la nature, le Conseil national de la chasse et de la faune sauvage et la Commission supérieure des sites ont, quant à eux, un rôle de conseil.

Enfin, le contrôle est du ressort de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage.

b) Autorités compétentes au niveau régional

Trois structures interviennent à l’échelle régionale : la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL), l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) et le Conseil Régional d’Orientation de la Politique Sanitaire Animale et Végétale (CROPSAV).

c) Autorités compétentes au niveau départemental

A l’échelle départementale, les décisions sont prises par la Préfecture, la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) et la Direction Départementale des Territoires (DDT) pour les espèces gibier et nuisibles.

Le rôle de conseil incombe au Conseil Départemental de la Chasse et de la Faune Sauvage et à la Commission Départementale de la Nature, des Paysages et des Sites (CDNPS).

Enfin, les contrôles sont effectués par l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ou par la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). Dans le cas de l’ONCFS, il s’agit du service de Garderie, organisé en brigade départementale, en brigade mobile d’intervention ou en brigade spécialisée.

d) Autorités compétentes au niveau local

Le maire est responsable de la gestion de tout animal errant sur sa commune (« Il est interdit de laisser divaguer les animaux domestiques et les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité » article L.211-19-1 du Code Rural et de la Pêche Maritime) et doit prendre les mesures qui s’imposent pour prévenir tout danger. Il peut par exemple ordonner la capture d’un animal (« Les maires prescrivent que les animaux d’espèce sauvage apprivoisés ou tenus en captivité, trouvés errants et qui sont saisis sur le territoire de la commune, sont conduits à un lieu de dépôt désigné par eux. Ces animaux y sont maintenus aux frais du propriétaire ou du détenteur » article L.211-21 du Code Rural et de la Pêche Maritime).

3) Place légale du vétérinaire praticien en matière de faune sauvage autochtone

En matière d’exercice de la médecine sur les animaux, le vétérinaire a des droits mais aussi des devoirs. Ceux-ci s’inscrivent soit dans le cadre du mandat sanitaire, soit dans celui du code de déontologie de la profession.

a) Déclaration obligatoire des maladies réglementées

Le vétérinaire est tenu d’informer la Direction départementale des services vétérinaires en cas de suspicion de maladie légalement réputé contagieuse ou de maladie à déclaration obligatoire. Certaines d’entre elles peuvent concerner des animaux de la faune sauvage, notamment des épizooties telles que l’influenza aviaire hautement pathogène, la fièvre catarrhale ovine, ou encore la fièvre aphteuse. Le praticien agit alors conformément au mandat sanitaire.

b) Code de déontologie : obligation de soins d’urgence

Le code de déontologie de la profession vétérinaire du 15 mars 2015 précise dans l’article R*242-48, alinéa V, relatif aux devoirs fondamentaux que le vétérinaire « Lorsqu’il se trouve en présence ou est informé d’un animal malade ou blessé, qui est en péril, d’une espèce pour laquelle il possède la compétence, la technicité et l’équipement adapté, ainsi qu’une assurance de responsabilité civile professionnelle couvrant la valeur vénale de l’animal, il s’efforce, dans les limites de ses possibilités, d’atténuer la souffrance de l’animal et de recueillir l’accord du demandeur sur des soins appropriés. En l’absence d’un tel accord ou lorsqu’il ne peut répondre à cette demande, il informe le demandeur des possibilités alternatives de prise en charge par un autre vétérinaire, ou de décision à prendre dans l’intérêt de l’animal, notamment pour éviter des souffrances injustifiées. En dehors des cas prévus par le précédent alinéa, le vétérinaire peut refuser de prodiguer ses soins pour tout autre motif légitime ».

En substance, cela signifie que le vétérinaire praticien doit être capable de gérer toutes les urgences, que ce soit en intervenant directement ou en communicant les coordonnées d’un référent. Malheureusement, les vétérinaires connaissant les animaux de la faune sauvage sont encore en nombre restreint, rendant faible la probabilité de trouver un référent dans une zone géographique suffisamment proche pour permettre un transfert immédiat. La question qui se pose en matière de faune sauvage, lors d’une urgence, ne concerne finalement pas tant le domaine de compétence du praticien, dont la formation généraliste lui permet de dispenser les premiers soins d’urgence, que sa volonté réelle de s’impliquer sur ces espèces. En effet, même s’il a affaire à des espèces atypiques par rapport à celles rencontrées dans sa pratique quotidienne, les premiers soins n’ont pour but que de stabiliser l’animal en vue de son transfert vers des structures adaptées. De plus, si l’animal est dans un état critique, il est illusoire d’espérer le sauver en le renvoyant d’emblée vers un spécialiste sans prodiguer les premiers soins. Dans ce dernier cas, l’euthanasie d’urgence peut être envisagée et ne demande pas de compétence particulière.

Notre propos n’est pas d’encourager la mise en place à tout prix de traitements élaborés tels que des interventions chirurgicales qui, en l’absence de connaissance de ces animaux, peuvent conduire à des résultats catastrophiques, mais d’insister sur le fait qu’en cas d’urgence, le praticien consulté est souvent la seule personne à même de pouvoir apporter les premiers soins, et que s’il démissionne de cette fonction, personne ne pourra le remplacer avant un délai préjudiciable à l’animal, qui reste en état de souffrance pendant ce laps de temps.

c) Tarifs d’intervention

Quels tarifs et à qui facturer les soins à la faune sauvage en cas d’urgence, comme par exemple, le cas d’un animal blessé trouvé sur une route ?

Ces animaux n’ont pas de propriétaire, et de notre avis, il n’est pas correct de facturer les soins au découvreur. Cependant, pour les espèces dont la détention par un particulier est légale, le praticien est libre d’appliquer les tarifs de son choix si le découvreur se revendique propriétaire de l’animal ou fait part de son souhait de le garder, et à la condition d’avoir alors clarifié la situation.

En ce qui concerne les frais relatifs à l’enlèvement des corps, en vertu de la salubrité publique la mairie étant responsable des animaux errant ou divagant sur sa commune, c’est elle qui en assure les frais (en pratique, les animaux de moins de 40 Kg pouvant être enfouis). Le maire est gestionnaire des cadavres de la faune sauvage en vertu de l’article R226-12 du Code Rural et de la Pêche Maritime.

Certains praticiens ont des accords avec des centres de soins ou des associations, et une partie de leurs actes est pris en charge. Ce cas de figure est marginal et, de toute façon, la prise en charge reste inférieure au coût réel pour le vétérinaire, pour la simple raison que les centres de sauvegarde et les associations ont déjà chaque année beaucoup de mal à réunir les fonds nécessaires à leur propre fonctionnement.

De notre point de vue, il est illusoire d’espérer un quelconque bénéfice financier lors d’une prise en charge d’un animal sauvage. Les praticiens qui s’impliquent le font avant tout pour le plaisir, et retirent comme compensation l’expérience acquise à laquelle s’ajoute, lorsque l’issue est heureuse, la satisfaction de la réussite technique combinée à celle d’avoir sauvé un animal.

Un mouvement vétérinaire s’organise actuellement dans le but d’obtenir une prise en charge par l’Etat des actes effectués sur ces animaux (Réseau Français des Vétérinaires Praticiens pour la Faune Sauvage – RFVPFS). Cette revendication se base sur le fait que cette profession sera de plus en plus amenée à gérer ce genre de situation, et qu’il n’est pas possible d’envisager de continuer à assurer gracieusement ce service qui occasionne des frais pour le praticien concerné. Il faut savoir que l’Etat refuse de subventionner les centres de soins, même si une aide par le conseil régional ou le conseil général est possible, parce que leur impact à l’échelle de la population sauvage est considéré comme nul. Notons cependant que la fédération nationale des centres reçoit une subvention du Ministère de l’environnement. De notre avis, même si un dédommagement par l’Etat pour les efforts consentis par la profession serait le bienvenu, il est certain que les intervenants vétérinaires s’impliquent avant tout par passion, et ne sauraient prendre les animaux sauvages comme “otages” pour obtenir un financement.

d) Information du public : législation, zoonoses

Le vétérinaire est un garant de la santé publique et doit, à ce titre, donner au découvreur les informations relatives aux risques de zoonoses et les mesures à prendre pour limiter au maximum ces risques. Celles-ci relèvent du bon sens, comme ne pas laisser les enfants ou les personnes fragiles toucher les animaux sauvages, bien se laver les mains le plus tôt possible après avoir été en contact avec un animal, ne pas manger tant que cela n’a pas été fait, laver les vêtements qui ont été en contact. En cas de blessure ou de lésions suspectes sur la personne, le vétérinaire se contentera d’indiquer comment bien nettoyer la plaie avant de renvoyer vers le médecin traitant. Lors de l’apport d’un animal sauvage blessé, la fiche de dépôt sur laquelle figure le nom des découvreurs permet de retrouver les personnes susceptibles d’avoir été contaminées en cas de zoonoses graves.

Outre l’aspect sanitaire, le praticien a également un rôle d’information vis-à-vis des dispositions légales concernant la faune sauvage.

Conclusion

Contrairement à ce que croient certains praticiens, intervenir en faune sauvage n’est non seulement pas interdit, mais parfois presque obligatoire si l’on se réfère au code de déontologie.

II. STRUCTURES PARTICULIERES EN RELATION AVEC LA FAUNE SAUVAGE

Du fait de la réglementation, le travail avec des partenaires est incontournable lors de la prise en charge de la faune sauvage, que ce soit de manière ponctuelle ou bien dans le cadre d’un investissement plus global.

1) Réseau français des vétérinaires praticiens pour la faune sauvage

Le Réseau Français des Vétérinaires Praticiens pour la Faune Sauvage (RFVPFS) est une association récente dont la création a été encouragée par le Syndicat National des Vétérinaires d’Exercice Libéral (SNVEL). Cette association répond à un besoin de connaissances en faune sauvage consécutif à une demande en plein essor du public, de plus en plus sensible à la souffrance et la détresse animale.

Le RFVPFS publie régulièrement une lettre d’information contenant des actualités législatives, écologiques, des fiches de présentation d’espèces et des cas cliniques en partenariat avec les écoles vétérinaires.

2) Union Française des Centres de Sauvegarde (UFCS)

L’Union Française des Centres de Sauvegarde (UFCS) est une association regroupant les trois quarts des centres pratiquant des soins sur la faune sauvage en France. Les adhérents s’engagent à respecter des normes de qualités, notamment au niveau des installations, ainsi que les principes généraux de cette association, notamment le recueil des animaux en vue de les relâcher dans la nature et l’euthanasie de ceux ne pouvant retourner à la vie sauvage et dont l’espèce ne bénéficie pas d’un programme de reproduction reconnu (Grolleau, 2003). Ces principes sont énoncés dans la charte de l’association, et tout adhérent s’engage à la respecter. Le but de l’association est de fédérer les différents centres afin d’homogénéiser les pratiques dans une démarche de qualité en vue d’être mieux reconnu par l’Etat français.

Les centres de sauvegarde sont soumis à une autorisation d’ouverture nécessitant la présence d’une personne titulaire du certificat de capacité. Cela leur permet, contrairement aux structures vétérinaires, de pouvoir garder les animaux jusqu’à ce qu’ils soient prêts à retourner à la vie sauvage. Ce sont les seules structures légalement désignées pour prendre en charge les animaux après stabilisation de l’état général si besoin (Circulaire DNP/CFF N° 02-04 du 12 juillet 2004) :

« Après leur avoir prodigué des soins, le vétérinaire devra impérativement acheminer ou faire acheminer ces animaux vers un centre de sauvegarde autorisé. En effet, l’article 1er de l’arrêté du 11 septembre1992 précise que les centres de soins sont seuls habilités à héberger, soigner et entretenir les animaux blessés de la faune sauvage, ceci en vue de leur réinsertion dans la nature (cette opération nécessitant des protocoles précis et des installations adaptées) ».

Le certificat de capacité est délivré par arrêté préfectoral après passage en commission départementale qui juge des compétences et connaissances du candidat sur les espèces demandées. Ainsi, tous les centres ne sont pas capacitaires pour toutes les espèces.

De plus, une personne peut demander un certificat de capacité (CdC) même si les installations ne sont qu’à l’état de projet et donc inexistantes ou même s’il n’est pas rattaché à un établissement (projet d’élevage par exemple).

La commission départementale se prononcera sur la qualité des installations, décrites dans un autre dossier : la demande d’autorisation d’ouverture d’établissement.

L’établissement ne pourra légalement fonctionner qu‘après avoir passé ces deux étapes.

Le vétérinaire souhaitant s’impliquer dans la faune sauvage sera bien inspiré de se renseigner sur les centres de sauvegarde les plus proches dans la région et des espèces accueillies dans ces structures. Une prise de contact avec un responsable permettra également de connaître la politique du centre, notamment en matière de soins, d’élevage des jeunes mais aussi d’euthanasie.

Pour connaître la liste des centres de sauvegarde, le site officiel de l’UFCS peut être consulté (http://uncs.chez.com/) : soit, à cette adresse, on sélectionne « recueillir et soigner les petits animaux sauvages » puis « urgence » et on clique ensuite sur la carte, soit, on utilise directement le lien http://uncs.chez.com/dans%20votre%20region.htm et on sélectionne la région concernée sur la carte pour que les coordonnées s’affichent. La carte montre clairement l’absence de centres affiliés à l’UFCS dans certaines régions, et le faible nombre de structures dans celles qui en sont pourvues. L’avantage de ce site est qu’il précise quelles catégories d’animaux les centres sont susceptibles d’accueillir.

3) Autres centres de soins

L’UFCS est une association et tous les centres susceptibles d’accueillir des animaux de la faune sauvage ne sont pas adhérents. Par exemple, nous Erinaceus France qui, comme notre nom l’indique, nous sommes spécialisés dans la prise en charge des hérissons.

4) Associations naturalistes

De nombreuses associations naturalistes interviennent dans la protection de la faune sauvage et peuvent être des relais ou des partenaires pour le vétérinaire praticien. Par exemple, l’antenne Ile de France de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) peut envoyer des bénévoles transporter des animaux de la faune sauvage vers le CEDAF, centre de sauvegarde de l’Ecole vétérinaire d’Alfort, sous couvert d’une autorisation de transport. C’est une solution que peut envisager le vétérinaire praticien quand le découvreur ne peut se déplacer jusqu’au centre de sauvegarde, ou pour transférer l’animal après stabilisation de l’état général. Ceci n’est évidemment possible que lorsque l’association dispose de bénévoles disponibles et autorisés.

Conclusion

Le travail en partenariat permet un véritable échange de connaissances et d’expériences, et donc une prise en charge plus efficace des animaux sauvages en détresse.

III. CONSIDERATIONS ETHIQUES LIEES A LA PRISE EN CHARGE DE LA FAUNE SAUVAGE

Le vétérinaire praticien, sollicité à l’occasion par les découvreurs d’animaux en détresse, doit aller au-delà de simples considérations médicales et connaître les informations lui permettant d’évaluer les conséquences de ses actes pour l’individu pris en charge, mais aussi pour les populations sauvages, afin d’agir de la manière la plus appropriée.

1) Considérations concernant l’individu pris en charge

Face à un animal sauvage blessé, la plupart des vétérinaires se trouvent dans une situation inédite dans laquelle ils n’ont pas de compte à rendre à un propriétaire et où la survie de l’animal n’est pas le seul but: la priorité doit être de déterminer la meilleure décision pour l’animal et, parfois, ses éventuels jeunes à charge.

Cela signifie aussi bien la mise en place des premiers gestes d’urgence pour stabiliser l’animal et soulager sa douleur, qu’une euthanasie immédiate si l’animal est, à l’évidence, condamné ou précoce (dans les 48 heures) ou s’il ne réagit pas favorablement au traitement mis en place. Cela signifie aussi de pratiquer l’euthanasie s’il acquiert la conviction que l’animal, ayant toutes chances de guérir de ses blessures, demeurera infirme, donc non relâchable ce qui est difficile à accepter pour le praticien. Le taux d’animaux relâchés en nature par les centres de sauvegarde est un chiffre à avoir en mémoire : un peu plus de 40 % seulement (selon les données de l’UFCS, 2005 et du CEDAF, 2008)

A l’échelle de l’individu, différents paramètres sont à prendre en compte avant d’opter pour l’une ou l’autre solution. Leur importance hiérarchique varie selon les auteurs, elles sont ici présentées sans ordre de priorité puisque toutes ont leur importance.

a) Considérations médicales

Les animaux sauvages sont soumis à une pression de sélection très forte : les animaux faibles et malades sont très vulnérables et rapidement éliminés dans la nature.

Beaucoup d’entre eux ne montrent aucun signe de faiblesse avant un état avancé de maladie ou de blessure. Il faut garder à l’esprit qu’à l’exception des juvéniles ramassés ou, par exemple, d’animaux pris au piège (piscine vidée, hangar, etc.), un animal sauvage qui a pu être capturé est le plus souvent très amoindri. Dans les cas les plus avancés (animal moribond, cachexie extrême), une euthanasie d’urgence est sans doute la meilleure option éthique ; celle-ci fait l’unanimité auprès des personnes investies de longue date dans les soins à la faune sauvage, en dépit de la difficulté à la faire admettre parfois par le grand public (Kirkwood et Best, 1998 ; Hall, 2005 ; Cooper et Cooper, 2006 ; Molony et al. 2007).

La plupart des recommandations sur la conduite à tenir lors du « tri » se basent sur les chances de survie après le relâcher, c’est-à-dire sur les chances de récupération totale après soins et phase de réhabilitation avant départ.

Une étude réalisée par Molony et al. (2007) a cherché à identifier les facteurs prédictifs de mortalité en soins afin d’abréger les souffrances inutiles. Celle-ci a porté sur 7 espèces communes en Grande-Bretagne : le Hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus), le Renard roux (Vulpes), le Blaireau (Meles meles), le Merle noir (Turdus merula), l’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), la Chouette hulotte (Strix aluco), le Moineau domestique (Passer domesticus), et le genre Pipistrellus, très majoritairement représenté par la Pipistrelle (Pipistrellus pipistrellus). Ces animaux ont été accueillis entre 2000 et 2004 dans 4 centres de soins en Grande-Bretagne. Pour limiter les biais, les animaux morts ou euthanasiés dans les 48 premières heures, délai normal pour prendre une décision d’euthanasie lorsqu’un doute subsiste sur les chances de récupération d’un animal gravement atteint, ont été retirés de leur étude. Les auteurs montrent que les animaux ont passé souvent plus de 2 semaines avant de mourir ou d’être euthanasiés ; autrement dit, on peut considérer que ceux-ci ont connu une longue agonie inutile. Il apparaît que le poids à l’entrée, l’âge, le sexe, l’heure et la saison de découverte ne sont pas de bons éléments prédictifs sur les chances de survie, contrairement à ce qui est classiquement admis dans les écrits scientifiques. Notamment, il est souvent rapporté qu’il existe une relation favorable entre les chances de réhabilitation et l’âge ou le poids. En revanche, le type et la sévérité des lésions représentent les éléments prédictifs clés sur les chances de survie de l’animal en soins.

Ainsi, l’étude de Molony et al. propose une approche globale dans laquelle l’individu n’est qu’un élément appartenant à une population, ce qui relativise le “prix” de sa vie. Cette position qui se veut avant tout réaliste est celle que l’UFCS affiche dans sa charte (annexe 1). Elle s’oppose à une approche individuelle comme l’éthique de certains centres le recommande, dans laquelle la vie de tout individu “n’a pas de prix” (Stocker, 2005).

En somme, il est ici question du seuil au-delà duquel la probabilité de survie est considérée comme trop faible pour tenter de soigner l’individu. Un tel raisonnement peut paraître choquant de prime abord. Cependant, quand on sait que la plupart des centres sont surchargés et disposent de moyens limités, cela permet de mieux orienter le tri des animaux et donc de laisser plus de temps et de matériel, donc de chance, à ceux qui, moins atteints, sont les plus susceptibles d’en bénéficier. En outre, la souffrance ressentie pendant une longue agonie apparaît, pour la plupart des praticiens exerçant en centre, plus choquante qu’une euthanasie rapide et réalisée avec des produits appropriés. C’est pour cette raison que nous considérons qu’il est acceptable d’associer les termes “bien-être” et “euthanasie”.

Ainsi, apparaît une proposition de critère de tri simple et réaliste pour les centres de soins et les vétérinaires praticiens sollicités : pour chaque catégorie de blessure ou de maladie, la décision d’envisager l’euthanasie comme la meilleure solution pour le bien-être d’un animal doit être basée sur la proportion d’animaux qui ne tirent aucun bénéfice du traitement et de la durée de captivité avant de mourir, que ce soit de mort naturelle ou par euthanasie.

Si, par exemple, une probabilité inférieure à 10 % de chance de survie en soins est prise comme référence, les résultats de l’étude de Molony et al. (2007) suggèrent qu’il vaut mieux pratiquer d’emblée une euthanasie en cas de :

– fractures, déchirures et/ou blessures des tissus profonds chez les chauves-souris et les petits passereaux,

– fracture pelvienne et/ou dommages oculaires sévères chez tous les mammifères,

– dommage oculaire associé à une fracture et/ou une blessure profonde des tissus chez les rapaces.

Bien sûr, il s’agit de recommandations générales. Cela ne dispense pas d’un examen approfondi au cas par cas, notamment en prenant en compte des connaissances sur les caractéristiques de chaque espèce.

Par exemple, même sans dommage oculaire, l’euthanasie est souvent inévitable pour une fracture alaire chez les rapaces qui ont une exigence de vol élevée (Faucon hobereau, Epervier d’Europe). Inversement, une fracture pelvienne peut justifier des soins chez un mammifère mâle qui ne connaîtra pas, comme ce serait le cas pour une femelle, les risques liés à la reproduction.

Chez le Hérisson d’Europe, la perte du sens de l’odorat et/ou de l’ouïe ne lui permet pas de survivre dans le milieu naturel. Par contre, il a été démontré qu’un hérisson aveugle peut survivre sans problème car, pour cette espèce, la vue ce n’est pas un sens primordial.

Enfin, il est essentiel de noter que ces recommandations ne concernent que la survie en soins et ne préjugent pas des chances de succès dans le relâcher des animaux rétablis.

b) Considérations éthiques se rapportant au bien-être animal

Si les progrès de la médecine vétérinaire permettent de soigner de plus en plus d’animaux, les conséquences à moyen et long terme, c’est-à-dire après le relâcher, demeurent actuellement une zone d’ombre. Il est primordial que le vétérinaire praticien comprenne la différence entre pouvoir traiter un animal et lui assurer un maximum de chances d’être relâché dans de bonnes conditions (Hall, 2005).

Pour bien appréhender ce que cette notion implique, l’animal dont le relâcher peut être envisagé doit déjà satisfaire les conditions suivantes :

– avoir récupéré une condition physique optimale et être capable de se déplacer parfaitement dans un environnement complexe,

– être capable de se sustenter seul en exploitant les ressources du milieu,

– reconnaître et éviter ses prédateurs mais aussi l’Homme,

– interagir « normalement » avec les individus de son espèce,

– ne pas être vecteur de maladies acquises lors de sa captivité et susceptibles d’être transmises à la population sauvage.

Soigner un animal blessé puis le relâcher est trop facilement considéré comme un succès. En effet, on peut ainsi condamner l’animal à mort à plus ou moins long terme. Ceci est à considérer en premier lieu en fonction de l’espèce de l’animal.

Pour information, relâcher un animal dont les chances de survie sont faibles est illégal au Royaume-Uni (Kirkwood et Best, 1998) ; dans la législation britannique, un tel cas de figure tombe sous l’acte relatif à un abandon d’animal (Abandonment of Animals Act, 1960) et est sanctionné. Dans d’autres pays, il existe des listes de lésions graves chez les oiseaux pour lesquelles la réalisation de l’acte d’euthanasie est obligatoire : perte d’un membre quel qu’il soit, perte d’un œil ou de la vue, perte de la serre du pouce, perte permanente d’une partie du bec quelle que soit la localisation précise, perte de rémiges primaires ou des rectrices (grandes plumes des ailes et de queue) chez les faucons. Certains animaux peuvent éventuellement faire l’objet d’une dérogation pour une vie en captivité (les relâchers sont évidemment interdits dans ces cas) s’ils rentrent dans des programmes de reproduction ou d’éducation du public.

Sur ce sujet, tout particulièrement, il ne faut pas céder à l’anthropomorphisme : nombreux sont les auteurs qui s’accordent sur le fait que la plupart des animaux anciennement sauvages souffrent de la captivité. C’est pourquoi l’un des articles fondamentaux de la Charte de l’UFCS préconise l’euthanasie des animaux ne pouvant être relâchés, en parfaite cohérence d’ailleurs avec la réglementation française. Le fait que des animaux anciennement sauvages s’alimentent ou se reproduisent en captivité ne signifie pas forcément qu’ils sont en état de bien-être.

Quelques cas d’animaux recueillis ayant survécu à un handicap dans la nature peuvent laisser penser qu’il n’est pas indispensable qu’un animal ait recouvré la totalité de ses moyens pour bénéficier d’un relâcher. Cet argument, utilisé par certains pour justifier une pratique de relâcher en définitive peu responsable, doit être combattu par les considérations suivantes : si l’animal a pu être capturé, c’est qu’il était faible et que, vraisemblablement, il ne compensait pas suffisamment son handicap.

Ainsi, il est de la responsabilité du vétérinaire que l’animal soit traité et relâché de manière réfléchie, et non condamné à mourir lentement de faim, de froid, voire à tomber entre les mains irresponsables d’un promeneur bien intentionné qui voudra en faire un animal de compagnie et qu’il gardera dans des conditions totalement inadéquates pour l’espèce, prolongeant l’agonie (Hall, 2005).

A la suite de cette réflexion, il apparaît que contrairement à ce que pense volontiers le grand public, l’euthanasie est l’acte le moins égoïste qui soit (Cooper et Cooper, 2006), s’il est motivé par le bien-être de l’animal (Kirkwood et Best, 1998 ; Hall, 2005 ; Monoly et al. 2007) et non par la facilité (se débarrasser d’un animal encombrant… et sans propriétaire). L’une des meilleures illustrations qui soit est celle fournie par le cas des renardeaux. Il est en effet beaucoup plus dur de mettre fin à la vie d’un renardeau en bonne santé et terriblement attendrissant que de se laisser tenter à l’élever pour le relâcher ensuite, encore adolescent, le condamnant ainsi à une mort très probable, sûrement longue et douloureuse, sans se poser de cas de conscience (Hall, 2005). Bien sûr, les opposants à l’euthanasie rétorqueront que, dans cet exemple, quelques individus ont réussi à survivre et à se reproduire. Outre que les cas irréfutables sont rares, n’est-il pas contradictoire pour des gens qui déclarent agir dans l’intérêt de l’animal de condamner sciemment l’écrasante majorité de ces jeunes renards à une mort précoce et certaine dans l’espoir que l’un d’entre eux survive ? Au demeurant, rassurons-nous, l’euthanasie n’est pas toujours la seule solution: le fait de remettre dans la nuit ces jeunes renards, après une fluidothérapie de soutien si nécessaire, à l’endroit exact de la découverte conduirait à une issue heureuse pour eux dans plus de 95 % des cas (Robertson et Harris, 1995). Même si ce chiffre nous paraît optimiste, dans un tel cas de figure, le retour du jeune auprès de sa mère est sans doute fréquent.

En conclusion, si les chances de relâcher et de survie paraissent douteuses, si les structures disponibles pour l’accueil temporaire de l’espèce ne sont pas adaptées, si les soins postopératoires et la rééducation ne peuvent être effectués dans de bonnes conditions, mieux vaut pratiquer rapidement l’euthanasie de l’animal. Cet acte est alors pratiqué dans l’intérêt de l’animal ; il lui évite des souffrances inutiles lors de sa captivité, ainsi qu’une mort lente et peu enviable, soit consécutive à la sévérité des lésions, soit due à un relâcher d’emblée compromis par l’état de santé de l’animal.

Dans ce contexte, le vétérinaire praticien, peu habitué aux animaux sauvages et ne sachant pas forcément évaluer leurs chances de survie, doit être encouragé à demander conseil aux vétérinaires spécialistes en faune sauvage, au personnel des centres de sauvegarde, voire à l’ONCFS. Cependant, rappelons qu’en cas de désaccord sur une décision d’euthanasie, la loi française mentionne que c’est la voix du vétérinaire qui prime (article 12 de l’arrêté du 11 septembre 1992 relatif aux règles générales de fonctionnement et aux caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage. « S’il y a lieu de pratiquer une euthanasie, la décision est prise par le vétérinaire »), même sur celle d’un chef de centre (donc détenteur d’un certificat de capacité de détention de la faune sauvage) si celui-ci n’est pas un confrère.

2) Considérations concernant les populations sauvages

L’impact de la prise en charge de quelques individus sur la dynamique des populations sauvages est considéré comme faible à nul (Sleeman et Clarck, 2003), sauf s’il s’agit d’une espèce à effectif très restreint et/ou si des programmes de conservation et de reproduction existent pour cette espèce (Kirkwood et Best, 1998). Il s’agit d’un argument majeur du Ministère de l’environnement pour expliquer son refus de subventionner directement les centres de soins. En revanche, des subventions peuvent être accordées par les collectivités territoriales, plus sensibles au service rendu au citoyen électeur et à l’environnement local (UFCS, communication orale, 2005). La réhabilitation à grande échelle, par exemple suite à une marée noire, pourrait également avoir un impact dans les zones de relâcher dont l’ampleur reste inconnue à ce jour (Cooper et Cooper, 2006).

Des pistes de réflexions seront développées dans ce chapitre. Néanmoins, il faut bien admettre que le manque d’études sur les interactions entre l’individu relâché et son environnement fait que nous en sommes réduits à des conjectures quant aux conséquences d’une éventuelle intervention humaine à l’échelle des populations sauvages.

a) Compétition pour les ressources du milieu

Dans le cas des espèces territoriales, le départ de l’individu, même limité en durée, par exemple de l’ordre de quelques jours, peut avoir comme conséquence l’installation et l’appropriation du site par un congénère (Hall, 2005). Si le site de relâcher est différent du lieu de la découverte de l’animal, ou s’il est proche de la saturation, c’est-à-dire si le nombre d’animaux est trop important par rapport aux ressources disponibles, une compétition entre individus pour les ressources du milieu (nourriture, territoire, reproduction…) s’installe.

Cette compétition aboutit à des affrontements intra-spécifiques, voire interspécifiques, dont l’issue peut être faussée du fait de l’intervention humaine. En effet, prenons le cas d’un individu débilité, soit parce qu’il est malade ou de nature chétive et n’arrive pas à s’imposer pour les ressources alimentaires, soit parce qu’il a été gravement blessé au cours d’une bagarre avec un rival pour l’obtention d’une ressource. Cet animal allait selon toute vraisemblance être éliminé par la sélection naturelle, mais du fait de l’intervention humaine, une fois réhabilité et relâché au meilleur de sa condition physique après traitement, il peut s’en sortir avantageusement au détriment d’autres individus, notamment conspécifiques (Kirkwood et Best, 1998).

La conséquence est qu’avant de prendre en charge le traitement et la réhabilitation d’un animal sauvage blessé, il faut être sûr de pouvoir disposer d’un endroit convenable pour le relâcher, à savoir un biotope convenant à l’espèce et offrant un approvisionnement alimentaire suffisant et, dans la mesure du possible, le plus indemne de perturbations humaines (Hall, 2005).

b) Risque sanitaire

Selon le dicton populaire, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Un animal « sauvé » et rendu à la liberté ne doit pas être une source de risque sanitaire pour les populations sauvages (Kirkwood et Best, 1998 ; Sleeman et Clarck, 2003), surtout si les germes sont contractés pendant la période de captivité. Par exemple, le Renard roux (Vulpes vulpes) est très sensible au même agent de gale que le chien, à savoir l’acarien Sarcoptes scabei. Cette parasitose contagieuse peut conduire le renard à la mort en 4 mois (Stocker, 2005). La gale à un stade avancé est une cause fréquente d’entrée et de mortalité des renards au CEDAF. Les renards sont également très sensibles entre autres à l’hépatite de Rubarth et à la parvovirose dont les agents infectieux peuvent être potentiellement présents dans les cliniques.

Evidemment, les contaminations entre animaux sauvages et domestiques vont souvent dans les deux sens, c’est pourquoi il est souhaitable de séparer les animaux domestiques des animaux sauvages. Dans le cas des animaux sauvages, il n’est nul besoin d’avoir un chenil réservé à cet usage, une pièce isolée et facile à nettoyer fait l’affaire, et un temps de présence court dans la clinique avant de référer limite ces risques. Idéalement, un examen vétérinaire et une coproscopie devraient être réalisés avant le relâcher, non seulement d’un point de vue médical, mais aussi afin de détecter les agents infectieux et parasitaires susceptibles d’avoir été introduit dans la clinique (Sleeman et Clarck, 2003 ; Hall, 2005).

c) Interactions entre individu relâché et populations de la même espèce

Interférence avec le processus de sélection naturelle

L’indiscutable bénéfice en terme de confort de l’animal sauvage débilité justifie sa prise en charge, que ce soit la mise en place d’un traitement ou une euthanasie rapide et indolore, et s’inscrit dans les valeurs morales actuelles, à savoir soulager la souffrance rencontrée sur notre chemin chaque fois que cela est possible. A l’échelle de la population, sur le court comme sur le moyen terme, la validité morale de notre interaction avec la nature, notamment quand il y a interférence avec le processus de sélection naturelle, est sujette à discussion. Ainsi, le relâcher d’un animal, bien que considéré comme ayant un faible impact en terme d’effectif sur la population sauvage, peut avoir des effets au moment même de son relâcher par le phénomène de compétition intra spécifique, ainsi que nous l’avons déjà signalé, mais également à long terme sur son espèce entière (Kirkwood et Best, 1998). En effet, la sélection naturelle a pour résultat d’assurer la perpétuation génétique des animaux les plus adaptés à survivre et l’élimination des autres. L’intervention humaine remet en jeu des gènes appartenant à des individus qui étaient en passe d’être éliminés. Dans le cas de la gale, par exemple, un renard qui aurait dû mourir du fait d’un manque d’adaptation à ce parasite, pourra potentiellement transmettre ses gènes d’aptitude immunitaire insuffisante pour assurer une relation hôte/parasite équilibrée.

Doit-on pour autant considérer tous les animaux, et surtout toutes leurs causes d’entrée, de la même façon ? Une distinction a été proposée entre animaux visiblement en passe d’être éliminés par la sélection naturelle (gale, septicémie faisant suite à des abcès engendrés par des combats territoriaux, etc.) et ceux qui ont été victime des activités humaines. Certains auteurs pensent que si les seconds pourraient bénéficier d’un traitement pour « compenser » l’impact négatif de l’Homme (Sleeman et Clarck, 2003), les premiers ne devraient pas être gardés, à l’exception des individus de populations menacées (Kirkwood et Best, 1998).

Néanmoins, la distinction de ces deux catégories est loin d’être aussi évidente qu’elle ne le paraît. Ainsi, la perturbation de l’environnement par les activités humaines, dont la diminution des ressources disponibles pour la faune sauvage est un exemple, peut affaiblir les animaux et donc les rendre beaucoup plus vulnérables à des affections opportunistes. Cependant, ce concept révèle une contradiction, à savoir que si les populations sont menacées, c’est qu’elles ne sont peut-être plus adaptées à leur environnement : même si celui-ci a été grandement remodelé et perturbé par l’activité humaine, l’Homme fait partie de l’écosystème et on peut après tout se demander s’il n’est pas logique que les espèces qui ne savent pas s’adapter disparaissent.

Ainsi, une nouvelle étude menée par Pat Morris sur le Hérisson d’Europe, prouverait que le changement climatique affecte la période d’hibernation et sa reproduction. En général, l’espèce hiberne entre novembre et la fin mars lorsque la nourriture est rare, afin de conserver l’énergie. Les males entrent en hibernation plus tôt que les femelles mais elles sortent plus tard. Depuis des millions d’années, la reproduction du Hérisson d’Europe se produit une seule fois par an (sauf dans certaines zones de l’Europe du sud où les hivers sont plus courts). Les naissances arrivent vers les mois de juin et juillet ce qui permet aux juvéniles d’acquérir un poids suffisant pour supporter l’hibernation. L’étude a constaté que, même dans des zones traditionnellement froides, il est de plus en plus courant que les femelles aient une deuxième portée (tardive) en septembre (voire même en octobre) car elles entrent en hibernation plus tard et en sortent plus tôt à cause des températures plus élevées. Les juvéniles, nés lors d’une portée tardive, n’arrivent pas à constituer assez de réserves avant l’hibernation ce qui provoque leur décès. Pour leurs mères c’est la même chose car elles ont perdu énormément de leurs réserves pendant l’allaitement et elles abandonnent souvent leurs petits. « L’âge, le sexe et la météo exercent une influence sur la période d’hibernation du Hérisson. Par exemple, les juvéniles peuvent rester pleinement actifs jusqu’en décembre, sans doute pour augmenter davantage leurs réserves de graisse afin d’assurer la survie lors de l’hibernation ultérieure. De même, les femelles adultes qui ont eu des portées tardives, ou qui sont encore en lactation, devront se nourrir intensivement avant d’hiberner, ce qui les rendra plus actives que les mâles adultes. Une météo clémente peut aussi retarder l’entrée en hibernation des hérissons ou déclencher un réveil prématuré, phénomène qui a un impact sur les réserves de graisse et les temps de reproduction du Hérisson et qui affecte par conséquent la survie de l’espèce à long terme. » (MORRIS, 2012)

Les défenseurs de la nature signalent également que l’espèce a été touchée par la perte de son habitat dans les campagnes, les haies et les prairies ayant été détruites pour faire place à une agriculture intensive, et par l’utilisation de pesticides qui réduisent leurs sources de nourriture. Dans les zones urbaines, des jardins plus entretenus (impossibilité de nidification) et plus pauvres en nourriture (insectes, lombrics…), séparés par des clôtures et des murs infranchissables, posent également un problème pour ce mammifère.

Alors, que faire ?

Risque de pollution génétique

Dans le cadre de la protection de la population sauvage, la « pollution génétique » doit être évitée entre sous-espèces d’un même genre ou de deux origines géographiques différentes. Ceci est considéré comme une règle, voire un dogme, dans les programmes de réintroduction d’espèces et, plus encore, de renforcement de populations.

Les relâchers d’animaux réhabilités, surtout lorsqu’ils sont massifs, peuvent être assimilés à des actions de renforcement de populations. Une recommandation existe d’ailleurs au Pays de Galles (Hall, 2005), mentionnant que « dans l’intérêt de l’intégrité génétique des populations animales natives, un animal réhabilité ou élevé par l’Homme doit être remis dans un environnement naturel adéquat ou à proximité du lieu de la découverte. Un animal ne doit pas être transporté pour être relâché sur un site géographique ou au-delà d’un obstacle physique qu’il n’aurait normalement pas traversé ». En France métropolitaine, cette question ne semble pas poser problème car, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, on respecte quasi- systématiquement la règle de relâcher l’animal à proximité de son lieu de découverte ou dans l’aire de répartition connue de la sous-espèce en question.

Problèmes liés à la familiarisation et à l’imprégnation

Une attention particulière mérite d’être portée sur le fait de ne jamais relâcher un individu « imprégné ». Ce terme, utilisé actuellement de manière abusive pour désigner tout animal familier avec l’Homme, définit en réalité les animaux ayant fait leur empreinte sur l’Homme. Ces individus ont alors de fortes chances de ne pas interagir correctement avec leur espèce, particulièrement au niveau de la reproduction, et risquent d’occuper un site favorable au détriment d’un couple de reproducteurs (Hall, 2005).

La prise en charge des juvéniles pose ainsi un réel cas de conscience. En effet, à la quasi-absence de données sur les chances de survie après relâcher d’animaux ayant bénéficié d’un élevage artificiel, s’ajoute la difficulté d’évaluer les conséquences de celui-ci sur le développement comportemental de l’animal pouvant avoir des effets négatifs à court, moyen et long terme sur les futures relations intraspécifiques de l’individu.

Pour mieux appréhender les conséquences de l’acte d’élevage sur le comportement à long terme de l’animal, il est nécessaire de se reporter aux notions d’imprégnation et de familiarisation à l’Homme, deux notions utilisées couramment mais de façon fréquemment confuse ou impropre.

D’après McFarland (2001), « le processus d’apprentissage, par lequel l’attachement à la mère se développe normalement, s’appelle l’imprégnation. L’imprégnation est un processus d’apprentissage qui se passe à un stade particulier du développement et qui affecte ensuite le comportement avec les parents, les pairs et les partenaires sexuels ». Cela va donc bien au-delà de la familiarisation qui n’enlève pas à l’individu la conscience d’appartenir à son espèce.

Malheureusement, ce phénomène peut survenir quand le parent adoptif est l’Homme. L’ensemble des conséquences de l’empreinte sur la vie de l’animal, ainsi que la ou les périodes sensibles pendant lesquelles l’imprégnation se fait sont encore mal connues.

Il semblerait que les influences de l’environnement sur le développement comportemental revêtent plus d’importance immédiatement après la naissance, mais pourraient s’exercer à tous les stades du développement. Une chose semble néanmoins certaine : ce que l’animal apprend pendant ces périodes l’affecte vraisemblablement pour le reste de sa vie.

Un autre élément à prendre en compte est la présence d’une fratrie. En effet, il semblerait que les poussins élevés en groupe s’imprègnent les uns des autres. Elever un groupe de jeunes serait donc vivement conseillé plutôt que d’élever un jeune isolé. En outre, il y aurait différentes périodes d’imprégnation, et l’imprégnation filiale serait plus précoce que l’imprégnation sexuelle. La conséquence est que lorsqu’un jeune animal est ramassé, on peut penser qu’il a eu le temps de s’imprégner auprès de ses parents et que, même si l’élevage le rend familier, il retrouvera un « instinct » sauvage. En réalité, dans ce cas de figure, l’oiseau peut à la fin de son élevage se montrer plus distant avec l’Homme, donnant l’impression qu’il est redevenu sauvage, mais s’il a passé la période d’imprégnation sexuelle en captivité, il n’est pas sûr qu’il puisse se reproduire dans la nature ; il est donc susceptible d’occuper un site favorable au détriment d’un couple reproducteur. C’est donc en toute connaissance de cause qu’il faut prendre la décision d’élever un jeune : d’un point de vue éthique, il faut savoir y renoncer si l’on n’est pas certain de relâcher des individus au comportement strictement conforme à leur espèce. Sans compter que, d’un point de vue simplement pratique, ce type d’élevage mobilise beaucoup de main d’œuvre et qu’il serait dommage que ce soit en pure perte.

d) Cas particulier de la prise en charge d’individus d’espèces allochtones

Dans le cas d’espèces allochtones, le relâcher ne devrait jamais faire partie des options envisagées ! La première raison tient à l’illégalité d’un tel relâcher. La seconde raison est d’ordre éthique : soit les espèces ne sont pas du tout adaptées à notre environnement et, dans ce cas, le relâcher équivaut à une condamnation à mort, accompagnée vraisemblablement de souffrances, soit elles s’adaptent et entrent en compétition avec la faune sauvage locale.

Le Hérisson d’Afrique à ventre blanc (Atelerix albiventris) est devenu un NAC dans quelques pays où il n’existe pas d’autres espèces autochtones de hérissons (certains Etats américains, Canada, Japon…) car les Hérissons existent uniquement dans l’Ancien Monde. Le Hérisson d’Afrique ne peut pas hiberner (mais il peut estiver). Relâcher un hérisson d’Afrique en France serait le condamner à une mort certaine. L’autre problème serait la possibilité de croisement de cette espèce avec le Hérisson d’Europe. En France, il est listé en annexe 2 des arrêtés ministériels du 10 août 2004, donc la détention du Hérisson d’Afrique est soumise à la détention d’un certificat de capacité pour cette espèce et d’une demande d’autorisation d’ouverture d’élevage (CDC + AOE)

L’introduction, même en très faible effectif, d’individus d’espèces allochtones n’est jamais sans risques et ceux-ci ne doivent jamais être sous-estimés.

3) Place et éthique du vétérinaire praticien

L’accueil d’un animal sauvage peut occasionner des pertes pour la clinique (utilisation de matériel mais aussi de temps) et ne dégage aucun bénéfice. La question de l’investissement que chacun désire consacrer est le fruit d’une réflexion individuelle, mais dont les conséquences peuvent rayonner sur l’image de toute la profession.

a) Considérations pratiques, économiques et logistiques

Un premier aspect, qui concerne au premier chef le vétérinaire, réside dans le niveau de dépenses que la clinique ou le centre de sauvegarde s’accorde en termes de temps et d’argent pour chaque cas, ainsi que dans la disponibilité en matériel adéquat.

La prise en charge d’un animal sauvage, si elle est en théorie gratuite pour le découvreur puisqu’il n’est pas propriétaire, engage l’intervenant à une perte économique directe par les traitements administrés, mais aussi indirecte par la mobilisation du personnel (vétérinaire, auxiliaire spécialisé vétérinaire qui conseille les découvreurs au téléphone, etc.) (Kirkwood et Best, 1998).

Cependant, cet investissement s’avère modeste en temps et en coût pour les vétérinaires libéraux, car ceux-ci n’assurent en général que les gestes de bases avant de référer à un centre de sauvegarde, conformément à la loi, à savoir le tri à l’arrivée, la stabilisation du patient ainsi que les premiers soins. En outre, une participation financière d’un centre est parfois possible si le vétérinaire décide de travailler en partenariat ; cependant, elle reste bien en-deçà des frais réels pour le praticien. Par ailleurs, d’un point de vue très pragmatique, outre la satisfaction personnelle d’avoir accompli un beau geste vis-à-vis de l’animal et de l’environnement, et d’avoir participé à l’éducation du public, cet investissement, somme toute peu coûteux, est rapidement rentabilisé par la gratitude du découvreur d’avoir trouvé une solution à son problème, ce qui contribue à une bonne publicité par le « bouche-à-oreille » (Isaza, 1999). A l’inverse, un vétérinaire qui refuse de prendre en charge les soins minimaux sur la faune sauvage risque de perdre la confiance de sa clientèle, pour laquelle bien souvent le vétérinaire est celui qui sait tout sur tous les animaux, qui les aime tous et veut tous les soigner (Cooper et Cooper, 2006).

Un autre bénéfice à recueillir un animal sauvage est de briser la routine du vétérinaire libéral qui est ainsi confronté à de nouvelles maladies et de nouveaux cas, avec une liberté d’investigation totale (Cooper et Cooper, 2006) et qui peut, si le domaine de ses compétences le permet, s’entraîner à la pratique sur une espèce non commune, à condition néanmoins que ce soit dans l’intérêt de l’animal. Cela permet également de motiver le personnel de la clinique en lui faisant découvrir de nouvelles techniques (gavage, prise de sang sur un oiseau, etc.) (Isaza, 1999). Attention toutefois, le travail avec la faune sauvage peut également apparaître décourageant car le taux de mortalité est extrêmement élevé. Cet aspect négatif conduit parfois à une telle remise en question que certaines personnes renoncent à travailler sur les animaux sauvages. Le vétérinaire praticien doit garder à l’esprit et aussi prévenir le découvreur que les animaux qui ont pu être ramassés, sauf exception, sont en général très débilités et que toute tentative de leur venir en aide est un défi soumis à un très fort taux d’échecs (Stocker, 2005).

Le vétérinaire ne doit pas hésiter à procéder à un tri assez sévère à la réception de l’animal, d’abord dans l’intérêt de ce dernier, ensuite pour ne pas déranger des transporteurs, bénévoles ou rémunérés, jusqu’à un centre où l’animal sera euthanasié s’il ne succombe pas pendant le trajet. S’il juge que l’état de l’animal apporté n’est pas critique et qu’un transport est réalisable, une thérapie de soutien permet d’augmenter ses chances, notamment dans le cas des jeunes.

Enfin, rappelons que de bons principes d’hygiène minimisent les risques de contamination interspécifique: séparation des animaux des clients et des animaux sauvages reçus à la clinique, bon nettoyage et désinfection de la salle de consultation, matériel séparé selon l’origine de l’animal, temps d’hospitalisation le plus court possible pour les animaux sauvages. C’est pourquoi ce problème n’inquiète pas les praticiens en médecine aviaire dont les patients sont pourtant très fragiles (Isaza, 1999).

En conclusion, prodiguer les premiers soins à un animal arrivé jusqu’à la clinique est finalement un investissement modeste par rapport aux bénéfices retirés. Si les équipements de la clinique ne permettent pas d’hospitaliser un patient en état critique (chevreuil, par exemple), cet élément pourra être tout-à-fait compris par le découvreur, à la condition qu’il ait l’impression que le vétérinaire ne l’abandonne pas en se désintéressant de son problème et que les soins d’urgences soient, dans la mesure du possible, prodigués. Même s’il s’agit d’une espèce inhabituelle, les principes de base sur le traitement du choc, des plaies et des fractures s’appliquent. Le vétérinaire n’a pas à avoir de complexes par rapport à un centre de sauvegarde car, si ce dernier possède les connaissances sur l’espèce, le vétérinaire a les connaissances médicales, d’où l’intérêt d’un partenariat. Bien sûr, les appels laissant à penser que l’animal peut transiter directement dans un centre de soins ne nécessitent pas de demander au particulier de réaliser un détour à la clinique, mais ce dernier appréciera qu’on lui donne les coordonnées du centre de soins le plus proche, qu’on l’informe sur la règlementation et qu’on lui propose de recontacter la clinique si le centre est injoignable.

b) Ethique professionnelle

Au-delà du Code de Déontologie vétérinaire qui précise que la prise en charge d’une urgence ou au moins le renvoi vers un confrère plus à même de le faire est une obligation, l’attitude du vétérinaire dans la prise en charge d’un animal sauvage lorsqu’il est sollicité par un particulier renvoie une image plus large que celle du seul vétérinaire concerné. La mauvaise expérience que peut vivre un découvreur, hélas encore trop fréquente de nos jours, peut porter préjudice au vétérinaire impliqué, mais aussi à l’ensemble de la profession et éventuellement aux futurs animaux en détresse qui seront découverts mais abandonnés à leur triste sort par la personne qui n’aura pas envie de perdre encore une journée à trouver les renseignements et l’aide adéquats.

Il est à noter que les personnes qui ont fini par découvrir un centre par eux-mêmes, suite à l’indifférence d’un professionnel, contribuent à ruiner la crédibilité du monde vétérinaire auprès de bien des centres de sauvegarde. Si, dans ce dernier cas, cela n’affecte pas la vie du vétérinaire libéral, cela a des retombées directes sur les animaux. En effet, en France, une certaine compétition entre les centres de soins gérés par du personnel non vétérinaire et le vétérinaire reste malheureusement fréquente, alors qu’une relation synergique serait souhaitable dans l’intérêt de tous. Les vétérinaires ont fait leurs preuves, à nous de faire les nôtres.

c) Ethique individuelle

En tant que professionnel

Contrairement aux pays en voie de développement, la question de soigner un animal dont le relâcher pourrait mettre en danger la survie de l’Homme, soit par destruction de ses cultures, soit par prédation directe ne se pose pas en France. La plupart des espèces classées nuisibles font l’objet d’une réglementation et, si elles posent un cas de conscience, les flous législatifs permettent d’agir selon les convictions du vétérinaire.

Les cas de conscience individuels ne concernent a priori ni les décisions d’apporter les soins ou l’euthanasie d’urgence ni de garder ou non l’animal au cabinet, puisqu’elles sont régies par le code de déontologie et la législation française. Ils se situent plutôt dans la limite de temps et d’argent que chacun s’accorde à donner, et dans la détermination de ce qui est le mieux pour l’animal. Les centres de soins sont limités en moyens et une opération gracieusement effectuée par un vétérinaire libéral peut changer le devenir d’un animal. Mais le bénéfice à long terme de ces opérations est très mal connu, tandis qu’il est certain que la captivité prolongée réduit significativement les chances de relâcher dans de bonnes conditions chez certaines espèces par différents mécanismes : habituation à l’Homme, diminution des capacités de vol ou de la réactivité face aux proies et aux prédateurs (Hall, 2005). Ainsi, une mise en garde du praticien bien intentionné s’avère nécessaire pour éviter de graves déconvenues comme en témoigne cette anecdote : un vétérinaire a procédé gracieusement à l’amputation de l’aile d’un rapace avant de le renvoyer dans un centre de sauvegarde, dans lequel il dut être euthanasié compte tenu de l’impossibilité de le relâcher. Ceci illustre une fois encore la nécessité de ne pas raisonner en terme purement médical, mais d’intégrer la notion d’animal sauvage dans son milieu.

En tant qu’être humain

Il n’y a pas si longtemps éclatait le scandale sur les conséquences écologiques désastreuses de l’utilisation des organochlorés et organophosphorés. Les impacts sur la faune sauvage ont été considérables, notamment chez les rapaces dont la population a chuté dramatiquement à cause de la diminution de la fertilité et des chances d’éclosions. Il est à noter que les vétérinaires n’ont pour ainsi dire joué aucun rôle dans cette sombre affaire. Cependant, il n’est jamais trop tard pour bien faire, et le signalement systématique aux autorités compétentes d’une intoxication observée chez un animal sauvage participera au réseau de surveillance de la santé de notre environnement (Pollock, 2001).

Dans cet esprit, les centres de sauvegarde et, de plus en plus, les vétérinaires praticiens sollicités par le public sont dans une position privilégiée pour observer les changements écologiques et leur impact sur la faune sauvage (Sleeman et Clarck, 2003), en observant l’évolution du nombre d’entrées par an, par espèce, par cause d’admission. Le renvoi de données à des centres de sauvegarde ou à des organismes de recherche si une étude est en cours sur l’espèce reçue peut permettre au vétérinaire praticien de participer à la progression des connaissances sur l’espèce. Par exemple, les centres de sauvegarde font régulièrement des bilans rétrospectifs sur les causes de découverte des animaux, afin de mettre en évidence les causes majeures et d’essayer de découvrir leurs facteurs explicatifs. Les données prises en compte sont évidemment les données disponibles. Une prise en charge ne nécessitant pas de transit dans un centre de soin (euthanasie, par exemple) est une donnée perdue pour l’analyse si elle n’est pas transmise. De même, si le vétérinaire praticien décide de réaliser une autopsie, les éventuelles découvertes pourront avoir un intérêt scientifique (Isaza, 1999). Le vétérinaire peut, à titre personnel apporter ses compétences dans l’approche pluridisciplinaire qu’est l’écologie, et occupe une position de choix pour participer à l’éducation du public (Sleeman et Clarck, 2003), notamment par exemple pour tout ce qui a trait à l’attitude à avoir face aux animaux « orphelins » et pour faire évoluer les préjugés sur certaines espèces.

En conclusion, le vétérinaire praticien en dehors de son activité libérale, peut, par ses compétences, apporter sa pierre à l’édifice. Ses actions contribuent alors à l’avancée du bien-être animal, mais aussi à l’avancée de la science, à la santé publique et à la biosécurité en relayant les informations lorsqu’il est confronté à des animaux utilisés comme biomarqueurs de la santé de l’environnement (Sleeman et Clarck, 2003).

Conclusion

La tendance actuelle dans les pays développés est à la préservation des écosystèmes naturels par l’adoption d’une alimentation plus « bio » et la protection de la flore et la faune. Dans ce contexte, le public devient très demandeur en matière de prise en charge des animaux sauvages en détresse. Pour autant, on doit se garder de tout anthropomorphisme avec ces animaux et accepter les décisions d’euthanasie même si pour une blessure semblable, un traitement existe chez des espèces domestiques.

L’avancée de la science et des traitements possibles peut inciter le vétérinaire praticien à choisir de soigner l’animal sauvage. Mais même si le relâcher provoque une joie indicible et un sentiment de succès, il ne faut surtout pas occulter une réalité sévère, à savoir la faible probabilité de survie de certaines espèces après une période de captivité, un risque sanitaire pour la population sauvage à court terme et un effet négatif possible sur l’espèce à long terme par l’interférence avec le processus de sélection naturelle ou encore par le phénomène d’imprégnation.

Si la plupart de ceux qui interviennent sur la faune sauvage considèrent que la santé de l’ensemble de la population doit primer sur celle d’un individu, la question des effets d’un individu relâché sur cette population reste encore non élucidée. En l’absence de données et soumis à différents avis, le vétérinaire praticien prendra une décision en fonction de ses convictions, décision éclairée par la prise en compte de l’ensemble des paramètres évoqués, et en faisant du bien-être de l’animal une priorité.

Fonctionnement de l’établissement

Vétérinaires

Les centres de soins doivent travailler en étroite collaboration avec des vétérinaires qui connaissent les espèces que le(s) capacitaire(s) du centre sont autorisées à détenir et à soigner.

Rappelons d’abord que LE CERTIFICAT DE CAPACITE N’AUTORISE PAS LA PRATIQUE DE LA MEDECINE VETERINAIRE et que la majorité des actes doivent être effectués par un vétérinaire. Un capacitaire ne peut pas, par exemple, prescrire des médicaments sur ordonnance, faire des injections ou anesthésier un animal.

Rappelons par la suite que chaque espèce animale est différente des autres : les mammifères n’ont rien à voir avec les oiseaux ou les reptiles ; et, même, les soins d’une vache n’ont rien à voir avec les soins d’un hérisson. N’oublions pas que nous, les humains, sommes aussi une espèce animale et que notre médecin généraliste ne sait pas soigner un chat ou un chien. Donc, un vétérinaire qui soigne des animaux domestiques ne sait pas soigner les autres espèces, et encore moins les espèces sauvages, sauf s’il a été préalablement formé. Il ne connait pas forcement la posologie ni les molécules qu’il peut utiliser avec les animaux qu’il ne connait point. C’est pour cette raison que beaucoup de vétérinaires ne veulent pas prendre en charge des espèces sauvages.

La CLINIQUE VETERINAIRE ARTEMIS, 2 route de Saint-Pierre, 53480 VAIGES est apte à recevoir les hérissons et donner des soins. Cinq vétérinaires et trois ASVs sont disponibles pour les deux structures (Vaiges et Argentré). Deux docteurs vétérinaires, le Dr Mohamed Mehdi Hakimi et le Dr Anne-Françoise Moreau font partie des membres fondateurs de l’association Erinaceus. Ils sont respectivement Vice-Président et Secrétaire Générale. Ils sont très respectés par leurs confrères mayennais et leurs clients mais aussi par ceux de la partie limitrophe de la Sarthe.

La clinique principale est équipée pour prodiguer des soins d’urgence aux hérissons blessés ou en souffrance et pour tout traitement des maladies infectieuses ou parasitaires courantes des hérissons. Cette clinique dispose par exemple d’échographes, d’un appareil de radiographie, d’analyseurs sanguins, d’un appareil d’anesthésie gazeuse.

Seul le vétérinaire est habilité à réaliser des soins et à décider de la mise en place du traitement et de sa durée.

En cas de problème avec un hérisson au centre, la procédure est la suivante : téléphoner et conduire l’animal blessé chez le vétérinaire (radiographie, anesthésie, intervention si plaies, administration de médicaments).

Le devenir de l’animal blessé dépend donc du diagnostic du vétérinaire :

  • S’il faut pratiquer une euthanasie, le vétérinaire apposera son tampon sur la fiche d’accueil de l’animal avec la date, sa signature et la nature des blessures.

  • Si l’animal peut être sauvé, il sera acheminé vers le refuge qui procédera aux soins que nécessite son état et à sa remise en liberté dès que possible.

Si un hérisson décède dans notre centre, son cadavre congelé sera acheminé vers le centre d’incinération Incinéris de Vimoutiers dans l’Orne, avec lequel travaille la clinique vétérinaire Artémis.

Procédures et protocoles de soins dans le centre

Usage privé non ouvert au public.

Le fonctionnement du centre sera conforme à l’arrêté du 11 septembre 1992 relatif aux règles générales de fonctionnement et aux caractéristiques des installations des établissements qui pratiquent des soins sur les animaux de la faune sauvage.

(J.O n° 219 du 20 septembre 1992).

Les animaux recueillis au centre seront uniquement « en transit », pendant toute la durée des soins nécessaires pour leur rétablissement, avant de pouvoir être relâchés dans leur milieu naturel.

ACCUEIL DE L’ANIMAL

  • Réceptionner l’animal amené par le découvreur.

  • Le prendre en charge personnellement.

  • Renseigner la fiche d’accueil qui indiquera les circonstances de la découverte de l’animal.

  • Placer le hérisson au chaud dans une boite pour le réchauffer, le déstresser avant manipulation et examen dès que je suis seul (après avoir promis au découvreur de lui donner des nouvelles de l’animal).

  • Mettre l’animal en confiance, lui parler doucement, ne pas le brusquer et arriver à le « dérouler ».

  • Porter des gants.

  • Procéder à un examen clinique qui conclura de l’état général du hérisson ; l’amener chez le vétérinaire si besoin. L’inspection du hérisson visera à rechercher des plaies, des traces de morsures, des parasites, contrôler les quatre membres, le corps, le ventre, la bouche et les yeux.

  • Déparasiter le hérisson s’il a des tiques, puces, œufs de mouches et/ou asticots.

  • Peser l’animal.

  • Mettre à sa disposition des aliments et de l’eau avec aide à l’alimentation si besoin.

ENREGISTREMENT DE L’ANIMAL

Les centres doivent pouvoir à tout moment justifier de la provenance et du devenir des pensionnaires, et tenir leurs registres à la disposition des agents chargés des contrôles (ONCFS – SERVICES VETERINAIRES – POLICE – GENDARMERIE)

Le livre journal de mouvement d’animaux d’espèces non domestiques détenus en captivité (Cerfa 07.0363, 49 pages) et l’inventaire permanent des entrées et sorties d’animaux d’espèces non domestiques détenus en captivité (Cerfa 07.0362, 45 pages) sont mis à jour quotidiennement. Ces registres sont à conserver pendant 10 ans.

Une fiche de suivi personnelle (pour chaque hérisson) est remplie à l’arrivée de l’animal. Sur cette fiche seront notés, la date et le lieu de découverte, le sexe, le poids, l’état de santé, les traitements, la couleur du marquage sur le hérisson, le numéro d’enregistrement sur le registre.

Cette fiche permettra d’identifier le hérisson et d’assurer le suivi de son état de santé.

MODELE DE FICHE D’ACCUEIL DU HERISSON

N° FICHE INTERNE : ETAT ANIMAL :

N° DU REGISTRE : SEXE :

DATE D’ARRIVEE : POIDS :

DATE DE DEPART : AGE :

LIEU DE DECOUVERTE : COULEUR :

CIRCONSTANCE DE LA DECOUVERTE : MARQUAGE :

CAUSE : NOM DONNE :

SI VISITE CHEZ LE VETERINAIRE SUIVI DU HERISSON

DATE : RELACHAGE EN ENCLOS

RADIO : RELACHAGE DEFINITIF

ECHOGRAPHIE :

NATURE DES BLESSURES :

SOINS :

TRAITEMENT PRESCRIT :

DUREE :

COORDONNEES DU DECOUVREUR

Nom :

Prénom :

Adresse :

Téléphone :

Email :

Signature :

INSTALLATION DU HERISSON

Les animaux malades ou blessés seront manipulés quotidiennement pour désinfecter une plaie, administrer un traitement médicamenteux… Il est donc préférable de pouvoir les attraper rapidement pour éviter un stress et gagner du temps, ils seront donc dans de grandes caisses à rongeur adaptées à l’espèce, avec un coin pour se cacher.

Une même portée sera placée dans une même cage ou enclos.

Les adultes seront isolés les uns des autres et un seul par caisse.

A l’arrivée d’un hérisson au centre, il est placé dans la salle de soins dans une cage. Les cages sont tapissées de papier essuie-tout très résistant pour pouvoir observer les excréments afin de connaître l’état de santé de l’animal (diarrhée, crottes vertes foncées…). En cas de suspicion d’une maladie contagieuse, il sera gardé en cage dans la salle de quarantaine. Par la suite, une fois installé dans les enclos intérieurs, la litière en paille de chanvre sera utilisée pour les adultes mais on préfèrera une litière de foin dans le cas particulier d’une mère avec des petits. La litière est changée chaque jour et les cages nettoyées et désinfectées.

Le temps de transit de l’animal dans la salle de soins doit être le plus court possible avant d’être installé en quarantaine ou dans les enclos intérieurs et, par la suite, dans les enclos extérieurs avant sa libération.

  • Soins selon pathologie

  • Enclos : les animaux ne sont placés en extérieur qu’une fois que leur état de santé le permet, notamment en hiver (un hérisson doit peser 450 g minimum pour avoir des réserves de graisse suffisantes pour hiberner).

Les juvéniles seront dehors à partir de 220250 g, dès que les températures le permettent.

Les enclos seront nettoyés aussi chaque jour, le restant de nourriture enlevé.

Je rappelle que ces animaux sont uniquement en transit.

PRISE EN CHARGE DES JUVENILES

L’accueil des orphelins s’échelonne de la fin du printemps jusqu’à la fin octobre. Ils sont généralement trouvés errant en quête de nourriture. Ils sont la proie des mouches qui pondent des œufs dans leur peau (risque d’asticots pouvant dévorer l’animal).

NURSERIE

Les juvéniles seront isolés des adultes car ils doivent être nourris fréquemment, toutes les 3 heures.

De plus ils ont besoin de chaleur et le fait de les isoler permet de maintenir une température plus élevée dans la pièce où ils se trouvent.

Cette disposition évitera de perturber les autres pensionnaires.

Les jeunes hérissons demandent une attention particulière de jour comme de nuit.

ALIMENTATION DES BEBES HERISSONS ET DES JUVENILES

L’alimentation donnée se rapprochera le plus possible de leur alimentation habituelle. Ne jamais donner de lait de vache car le lait de hérissonne est très pauvre en lactose ; donc, les hérissons ne possèdent pas de lactase (enzyme nécessaire à la digestion du lactose).

Dans un premier temps, les juvéniles sont nourris avec du lait maternisé ou des préparations qui conviennent comme lait de substitution.

Le premier jour de la prise en charge, on ne donnera que de très petites portions pour faciliter au bébé le passage du lait maternel au lait artificiel.

Toilettage : C’est le contraire du nourrissage ! Les bébés hérissons ne sont pas capables de féquer ou d’uriner d’eux-mêmes. La mère leur lèche le ventre et les parties génitales, absorbant ainsi les excrétions, ce qui évite de souiller le nid. Avant et/ou après chaque repas, le capacitaire doit donc masser le ventre et la région de l’anus avec son doigt humidifié ou avec un bâtonnet de ouate pour stimuler les défécations du bébé. S’armer de patience ! Si des crottes ou de l’urine se trouvent dans le nid, cela ne signifie pas que le toilettage n’est pas nécessaire, bien au contraire : les bébés doivent faire leurs besoins de toute urgence ! Le toilettage est nécessaire jusqu’à ce que les hérissons se nourrissent de manière tout à fait autonome. Tant que les bébés sont nourris avec du lait de substitution, les crottes ont l’aspect de petites boules vertes agglutinées.

Soins du corps : Les restes de nourriture ainsi que les crottes et l’urine irritent la peau fine et sensible d’un bébé de quelques jours. Après chaque nourrissage, on éponge les impuretés avec un papier ménage humidifié. Avant et après chaque toilettage, on enduira la peau avec de l’huile pour bébé. Ne jamais utiliser des pommades ou de la poudre.

Augmentation de poids et quantité de nourriture : Jusqu’à un poids de 90 g environ, l’augmentation journalière moyenne devrait être de 4 6 g par jour. Ceci correspond plus ou moins à l’accroissement des bébés allaités par leur mère. Pour accroître leur poids, les jeunes ont besoin, toutes les 24 heures, d’une quantité de nourriture correspondant à un quart environ de leur poids.

Alimentation des juvéniles : Lorsque les petits hérissons depuis le 19ème jour boivent eux- mêmes leur lait de substitution, du moins en partie, on peut compléter leurs repas les jours suivants avec des petites quantités de produits solides adaptés. A 30 jours environ, les hérissons devraient avoir complètement maîtrisé la transition alimentaire, même s’il faut encore bien hacher les aliments. Comme boisson, on ne donnera désormais plus que de l’eau.

Phases suivantes de l’élevage : lorsque les petits hérissons mangent d’eux-mêmes, il sera peut-être nécessaire, surtout dans les grandes portées, de répartir les animaux en petits groupes d’individus de poids similaire. On mettra plusieurs assiettes de nourriture à disposition pour que les hérissons puissent manger tous en même temps.

Lorsque les jeunes ont atteint un poids de 220 – 250 g environ, on les place dans un enclos largement dimensionné. Ils doivent alors apprendre à détecter une nourriture naturelle (coléoptères, vers, chenilles, etc.), chasser et tuer leurs proies. A ce stade, l’absence de la mère ne présente pas un inconvénient majeur, car la femelle hérisson n’initie pas ses jeunes aux techniques de chasse et d’alimentation. Bien entendu, on tiendra leur nourriture habituelle à disposition dans l’enclos, comme auparavant, car les petites proies qu’ils pourraient y trouver ne suffisent pas et de loin à les rassasier. Lorsque le jeune atteindra 350 g, il pourra être placé dans un jardin où on cachera de la nourriture et où on mettra de l’eau à volonté, avant de retrouver sa liberté totale dans la nature.

HERISSON ADULTE

Les causes d’entrées sont multiples : choc avec une voiture, blessures par tondeuse ou rotofils, brûlures par des feux de jardin, empoisonnement, morsures de chien…

Il faut :

  • le réchauffer si l’animal est prostré ;

  • si besoin l’amener chez le vétérinaire ;

  • après traitement, le nourrir avec croquettes, pâté pour chat ou chien, poussins congelés, légumes, poulet, vers, fruits.

Pas d’affection contagieuse :

L’animal pris en charge est ausculté avec attention. Pour ce faire, il faut commencer par le dérouler délicatement en quelques gestes qui le mettront en confiance. Après examen, il sera systématiquement confié à la clinique vétérinaire en cas de blessures profondes nécessitant une anesthésie (points de suture, nécrose des tissus, fractures, infestation massive et interne de myiases…).

Les cas les plus fréquemment rencontrés sont les dénutritions, déshydratations, les parasites internes et externes et les blessures superficielles.

L’animal est préventivement isolé. S’il est en hypothermie, il sera réchauffé avec un coussin chauffant, sera recouvert d’une couverture polaire et protégé des mouches par une moustiquaire, dans des installations compatibles avec son mode de vie, ses capacités physiques et son état de santé.

S’il est déshydraté, il faut le réhydrater rapidement. En cas de déshydratation sévère, le vétérinaire prescrira un traitement approprié.

En cas de suspicion d’affection très contagieuse (teigne…) ou de décès, des mesures d’hygiène renforcée sont mises en place :

L’animal sera placé dans une pièce séparée (quarantaine) pendant 48 heures sauf indication contraire du vétérinaire. Il ne doit pas être en contact avec les autres animaux.

Pour éviter la contamination des autres animaux et des hommes, il faut jeter les déchets dans des containers spéciaux pour seringues et aiguilles et stériliser le matériel et les gamelles.

Mesures d’hygiène renforcée : jeter les gants à usage unique dans un sac étanche (sac poubelle) ; se laver immédiatement les mains après tout contact potentiellement contaminant, ventiler les locaux ; brûler la litière ; bien vérifier que l’on ne porte pas de tique après manipulation ; en cas de doute de contamination par un agent biologique, consulter un médecin en le « dirigeant » vers la zoonose suspectée.

On manipulera les animaux vivants, malades ou morts, avec des gants à usage unique. En cas de décès, il faut placer l’animal dans un sac plastique (en le prélevant comme un « gant retourné », ce qui évite de contaminer l’extérieur du sac), refermer le sac de façon étanche, à bout de bras pour ne pas inhaler l’air expulsé du sac et mettre le premier sac dans un second en le refermant avec la même technique. Il faut également mettre en place un vide sanitaire dans les enclos de réadaptation.

TRACABILITE DU HERISSON

L’animal est maintenant prêt à être relâché dans son milieu naturel. Le transport entre le centre de soins et le lieu de relâche se réalisera dans des cages Vari Kennel pour chat.

Dans la mesure du possible, les animaux soignés au centre seront relâchés sur le lieu de découverte, ou dans un environnement correspondant aux attentes de l’espèce : dans un pré, à l’orée d’un bois, près d’un point d’eau.

Il vaut mieux contacter l’ONCFS pour connaître les endroits adaptés.

Il faut penser à demander à l’avance, une autorisation permanente de transport.